vendredi 9 mars 2018

X-MEN : RED #1-2, de Tom Taylor et Mahmud Asrar


La franchise "X-Men" est à l'image de Phénix : souvent annoncée comme agonisante, voire morte, perdue pour la cause, toujours renaissante. Il y a quelques années, la volonté de Marvel de mettre en avant les Inhumains avait retenti chez les fans comme un arrêt de mort pour les mutants, dont les droits d'exploitation cinématographiques appartenaient à la Fox (depuis rachetée par Disney, donc Marvel studios), mais la sauce n'a jamais prise (ni en comics ni en série télé). Aujourd'hui il y a encore toujours autant de séries "X". La dernière en date : X-Men : Red (après X-Men : Gold et Blue) avec à sa tête, justement, la plus célèbre des revenantes, Jean Grey ! Mai apporte-t-elle quelque chose de neuf ?


Jean Grey, Wolverine (Laura Kinney) et Nightcrawler sauvent une fillette, Heather, d'une population visiblement mentalement possédée et prête à l'exécuter. Ils se téléportent à Searebro, leur quartier général où les attendent leurs acolytes Gentle (mutant wakandais), Namor, Trinary (mutante indienne) et Honey Badger (version miniature de Wolverine).


Deux mois auparavant, alors tout juste revenue à la vie, Jean Grey secourut une mère dont deux voyous volèrent la voiture à bord de laquelle se trouvait son bébé - ce dernier manifestait des pouvoirs soniques prématurées et Jean conseilla à la maman de le confier aux bons soins de l'institut Xavier.


Mais ces actions ont ravivé le débat sur le contrôle des mutants dans les médias et les autorités. Jean Grey réunit alors grâce à Black Panther un collectif d'intellectuels, d'activistes, de techniciens, de scientifiques, d'artistes afin de sonder, avec leur consentement, leurs esprits pour trouver une solution à la crise.


Elle partage son idée avec Kurt Wagner qui lui recommande de réunir une équipe pour la soutenir. Puis elle prononce un discours vibrant aux Nations-Unies en faveur d'une plus grande tolérance entre humains et mutants. Seule l'ambassadrice de Grande-Bretagne émet quelques réserves. Mais l'initiative est soutenue par Atlantis et Namor, et le Wakanda de T'challa.


Une fois dehors, après la séance, Jean Grey est abordée par l'ambassadrice anglaise qui s'avère sous l'emprise mentale de quelqu'un et la provoque. En voulant l'aider, Jean paraît la tuer : la scène est filmée et oblige les forces de l'ordre à intervenir, mais Nightcrawler les téléporte, elle et Namor, qui s'est interposé. Ils ignorent que, dans l'ombre, c'est Cassandra Nova, la soeur jumelle de Charles Xavier, qui tire les ficelles...


Et on enchaîne aussi sec avec le deuxième épisode, sorti ce Mercredi.


Jean Grey et ses amis ont trouvé asile au Wakanda après la mort de l'ambassadrice britannique. C'est alors qu'un message est intercepté, envoyé par une technopathe (une mutante capable de contrôler les machines) indienne : elle a piraté quelques jours auparavant les banques de son pays afin de rétablir l'équilibre salariale entre hommes et femmes mais cela l'a conduit en prison, sur ordre de son propre père.


Jean, Laura Kinney, Honey Badger et Kurt Wagner se rendent en Inde pour l'exfiltrer et pour la trouver, ils piègent Lakshay Singh, responsable du département de défense contre les mutants. Tandis que Jean guide ses acolytes à l'intérieur d'une prison haute sécurité, la foule s'énerve devant le bâtiment.
  

Trinary, la technopathe, est libérée mais Jean est en difficulté lorsque les gardiens de la prison sont débordés et que certains émeutiers résistent à ses ordres télépathiques. 


Nightcrawler se téléporte à l'extérieur mais Jean a repris le contrôle de la situation. Trinary et Honey Badger les rejoignent tandis que Wolverine neutralise Singh qui a activé le protocole Sentinelle.


Hélas ! c'est trop tard : un des fameux robots géants chasseurs de mutants apparaît pour appréhender les intrus...

Je ne connaissais Tom Taylor, le scénariste, que de nom : il a signé la série Injustice chez DC (qui se déroule dans une continuité parallèle, avec comme postulat la prise de pouvoir sur la Terre par Superman) puis All-New Wolverine chez Marvel (avec Laura Kinney, ex-X-23, dans le rôle-titre). Aucun préjugé, ni positif ni négatif, donc au moment de lire X-Men : Red.

Pourtant, j'ai hésité avant de me lancer dans cette nouvelle lecture, et j'ignore jusqu'à quand je la suivrai. La franchise mutante se décline maintenant entre des titres solos (All-New Wolverine, Old Man Logan... En attendant l'officialisation prévisible d'une série Wolverine avec Logan, qui a ressuscité comme on l'a vu dans Marvel Legacy #1) et des team-books colorés (X-Men : Gold/Blue et donc Red). Cette dernière ligne a de quoi faire sourire (à quand X-Men : Green, Yellow, etc), même si elle a le mérite de distinguer chaque série à défaut de leur donner une identité forte et un discours original.

Justement, Red est-il un titre vraiment original ou juste un de plus (avant une refonte et les retours de nominations célèbres telles que "X-Men" et/ou "Uncanny X-Men" ?) ? Pas franchement, il faut l'avouer. On assiste dans ces deux premiers épisodes à des récits très convenus, vus et revus, tant et si bien qu'on se croirait revenu à la relance des années 70 avec Giant-Size X-Men #1 (par Len Wein, Chris Claremont, Dave Cockrum) ou même à Uncanny X-Men #1 (par Lee et Kirby) : de jeunes mutants persécutés, une population hystérique prête à les sacrifier ou à les enfermer, leur sauvetage providentielle par des X-Men, la quête par leur leader occasionnel d'un moyen de pacifier les tensions entre homo sapiens et homo superior, un méchant qui attise le feu en coulisses (sans qu'on sache encore dans quel but)...

Ce manque flagrant d'originalité dans l'approche du récit trahit bien la frilosité et la sclérose qui touchent aussi bien les auteurs et le concept des mutants, comme s'il était impossible de les animer comme des héros ordinaires, dans des aventures classiques. La métaphore sur les minorités et leur maltraitance est devenue si éculée qu'elle aboutit à une impasse où mutant égale victime (et finalement qu'importe s'ils symbolisent les noirs, les homosexuels ou toute autre forme de communauté ciblée).

Malgré tout, il y a dans l'écriture de Taylor une évidente efficacité : sa narration joue avec la chronologie des faits, nous montrant d'abord l'équipe au grand complet. Sa composition est majoritairement féminine (quatre filles pour trois mecs, mais la couverture du #3 indique que Gambit va s'y greffer) et bigarrée, avec des vétérans (Nightcrawler, Namor - dont la "mutanité" reste cependant assez récente), des recrues fraîches (Wolverine/Laura Kinney) et inédites (Gentle, Trinary, Honey Badger). Sa puissance est assez équilibrée (Jean ne semble pas toute puissante, ce qui explique qu'elle n'évolue pas sous le nom de code Phénix) et culturellement variée (avec un atlante, un wakandais, une indienne...). C'est séduisant.

Là où ça pêche, c'est dans l'utilisation de l'équipe elle-même, qui, pour l'heure, se borne à localiser des mutants en détresse et à les tirer d'affaire ou à conseiller à la mère d'un nourrisson précocement doué de l'inscrire à l'institut Xavier. Néanmoins, le groupe est mobile et agit avec rapidité et le plus de discrétion possible (pour ne pas être hors-la-loi... Mais ce n'est pas gagné), ce qui rappelle une unité du genre "Mission : impossible". Et, plus notablement, Jean Grey veut donner à sa formation et leurs missions une légitimité politique en discourant à l'O.N.U. (non pas pour à nouveau que les mutants s'isolent sur une île mais soit considéré comme un peuple avec des droits et des devoirs dans le concert des nations).

Il en faudrait donc peu pour que Taylor n'entraîne ses héros dans une direction plus singulière, profonde et palpitante... Si tant est qu'il s'affranchisse des sauvetages et des Sentinelles, du thème de la persécution. Pour l'instant, ce n'est pas (pas encore ?) le cas, mais sa version de Jean Grey s'affirme étonnamment bien en leader naturelle, avec Nightcrawler en sage conseiller (ça fait plaisir de le retrouver aussi bien animé).

Le plaisir qu'on a à lire X-Men : Red provient aussi beaucoup des dessins de Mahmud Asrar, après sa prestation mitigée sur All-New, All-Different Avengers (écrit par Mark Waid). Il a changé de technique (pour se convertir au digital) mais sans que le dynamisme et l'expressivité de son graphisme en souffre. Revenu à un rythme mensuel, ayant pu redesigner les personnages, les maîtrisant parfaitement, il produit des pages accrocheuses, soutenues par la colorisation nuancée d'Ive Svorcina (Thor, god of thunder, Secret Wars, Empress).

Nul doute que s'il réussit à conserver, sur la durée, ce niveau, la série deviendra une des plus attractives de la gamme (là où Gold et Blue ne bénéficient pas d'artistes aussi habiles). A l'image des personnages et du titre, Asrar a tout à (re) prouver après s'être un peu perdu (alors qu'il avait très bien succédé à Immonen sur All-New X-Men de Bendis).

En somme, X-Men : Red a les défauts de ses qualités (ou l'inverse) : un bel emballage (souligné par les couvertures de Travis Charest, un autre revenant) qui n'attend que des histoires plus originales, comme une adresse à Tom Taylor pour lui dire : "Lâche-toi !"  

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