mercredi 17 janvier 2018

HAWKEYE #14, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Savourons ! Pourquoi cet impératif ? Parce que Hawkeye, dans cette version, par ces auteurs, n'a plus que deux numéros après celui-ci à vivre, Marvel ayant annoncé son annulation. Certes le titre ne vendait pas beaucoup (12 000 exemplaires en moyenne), mais dans un marché en crise et comparé à d'autres qui ne font guère mieux (voire pire), après plus d'un an d'existence, des critiques enthousiastes, des fans fidèles, cet arrêt est un vrai crève-coeur. Donc : savourons !


Après l'enlèvement de Kate Bishop par Eden Vale (qui lui a promise de le lui rendre sa mère contre la vie de Clint Barton), Clint rentre à l'agence de sa partenaire où l'attendent ses amis, Ramone, Johnny et Quinn, tous inquiets pour elle.


Grâce à la bande et quelques recherches sur Internet, ils localisent la possible planque de Eden Vale : un entrepôt loué au nom de Ned Leave (anagramme de la méchante). Clint apprend aussi accidentellement que Mme Masque se balade en ville dans un clone de Kate, ce qui lui donne une idée...


Autrefois, Kate s'était disputée avec sa mère à laquelle elle reprochait son absentéisme mais qui lui promettait qu'elle comprendrait plus tard. Eden Vale, aujourd'hui, permet à la fille et la mère de se retrouver brièvement, le temps de se réconcilier et pour Kate de dire qu'elle a appris les malversations de son père, Derek. Mais les deux femmes sont vite séparées et Eden Vale exige une réponse à sa proposition.


Cependant Clint investit le repaire de Mme Masque et neutralise ses gardes avant de l'affronter et de la maîtriser. Il la force à passer le costume de Kate puis l'assomme. Finalement, contre toute attente, Kate refuse de tuer Clint pour revoir sa mère car elle le considère désormais comme sa famille. Barton déclenche alors une explosion grâce à une de ses flèches ce qui lui permet de substituer le corps de Kate avec celui de Mme Masque.


Mais, comme le lui fait ensuite remarquer Kate, est-ce une si bonne idée de faire se rencontrer Eden Vale et Mme Masque ?

La couverture (superbe) de Julian Totino Tedesco (qu'il a refaite après une première version différente afin de mieux coller à une scène tout en semant le doute chez le lecteur) résume admirablement le contenu, toujours aussi malicieux, du script de Kelly Thompson

La scénariste m'épate toujours autant par sa manière de mélanger des éléments narratifs dignes des screwball comedies à un récit super-héroïque : elle ne prend pas tout ce folklore au sérieux mais fait le job sérieusement, avec une efficacité jamais démentie depuis le début de son run. Et d'avoir à disposition les deux archers lui autorise cette licence.

Encore plus fort : peut-être parce qu'elle savait déjà sa série condamnée, elle opère une épatante synthèse pour lier les deux intrigues en cours dans cet arc judicieusement intitulé Family reunion, et qu'on peut interpréter de bien des façons - il s'agit d'abord évidemment de la famille Bishop, mais aussi de la famille de coeur entre Kate, Ramone, Johnny et Quinn, du tandem Kate-Clint, d'Eden Vale et Mme Masque (elle-même évoluant désormais sous l'apparence de Kate).

Mené tambour battant, avec des dialogues toniques, l'épisode profite une fois encore de la contribution exemplaire de Leonardo Romero, toujours impeccable : en peu de traits, il rend expressif ses personnages, son découpage est toujours astucieux (avec sa marque de fabrique, d'excellentes doubles pages qui ne servent pas à remplir le fascicule mais bien à accélérer l'action en utilisant un redistribution latérale des plans).

La fin de l'épisode est remarquable, avec une succession de plans fixes où le premier et l'arrière-plans racontent vraiment, simultanément et parallèlement, deux moments qui souligne à quel point est hasardeux le plan de Clint. C'est à la fois drôle et inquiétant, très éloquent et concis.

Qu'une aussi belle et intelligente série soit sacrifiée est vraiment un gâchis terrible, mais, aussi désolant soit-il, c'est hélas ! surtout révélateur de ce qui se joue chez Marvel en ce moment, bateau pris dans des remous éditoriaux sans qu'on sache très bien ce que le capitaine a en tête... 

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