dimanche 23 juillet 2017

FREE FIRE, de Ben Wheatley


Sorti le 14 Juin dernier, j'ignore si ce film se joue encore dans quelques salles, mais si vous en avez l'occasion, payez-vous un ticket pour ce jubilatoire Free Fire de Ben Wheatley.
Chris (Cillian Murphy)

L'intrigue tient sur un post-it mais ça suffit au bonheur de celui qui cherche un plaisir coupable, soit une bonne série B réalisée avec un petit budget mais un casting d'enfer, où on tire (beaucoup) après avoir discuté (un peu) du problème de livrer des armes quand l'un des assistants de l'acheteur a malmené la soeur d'un des sbires du vendeur...
Justine (Brie Larson)

Quatre irlandais, membres de l'IRA, rencontrent à New York, grâce à une intermédiaire, un trafiquant d'armes, pour lui acheter plusieurs caisses de M16. La transaction commence mal quand le client constate qu'il s'agit d'AR70. Mais ce n'est rien par rapport à ce qui va suivre...
Ord (Armie Hammer)

Lorsque le van transportant le lot complet de fusils automatiques rejoint le groupe d'interlocuteurs, le chauffeur reconnaît parmi les irlandais le mec qui a couché et blessé sa soeur la veille au soir. La tension monte d'un cran...
Stevo (Sam Riley)

Après que les intermédiaires des deux parties aient tenté de calmer tout le monde, est commis : le frangin tire sur l'irlandais et provoque alors une gigantesque fusillade dans cet entrepôt désaffecté.
Vernon (Sharlto Copley)

Bientôt, plus personne ne sait qui est avec qui, mais tout le monde est blessé, plus ou moins gravement. Les plus sages veulent surtout fuir l'endroit, d'autres sont résolus à régler leurs comptes, à récupérer les armes, l'argent... Au bout d'une heure trente, il n'en restera plus qu'un seul debout. Mais à quel prix !
Harry (Jack Reynor)

L'action se passe en temps réel et le cinéaste ne cache pas ses influences (Scorsese en premier, qui a d'ailleurs produit le film, mais aussi Peckinpah ou Tarantino avec Reservoir Dogs).

Free Fire est un pur exercice de style, une sorte de gun movie, sans héros, avec un argument-prétexte pour une séance de pétarade hallucinante. C'est régressif, minimaliste, mais brillamment exécuté (c'est le cas de le dire).

Pourtant, Wheatley a soigné la caractérisation - chacune de ces crapules est solidement campé, et les rôles de chacun réservent bien des surprises. Le scénario se déroule avec des rebondissements habilement disposés pour ne pas lasser, et comporte quelques scènes délirantes (Martin, joué par Babou Ceesay, qu'on croit mort rapidement, réinvestit l'action le temps d'une séquence à la fois hilarante et sidérante). 
Martin (Babou Ceesay)

Mais ce qui fait surtout la différence, c'est le côté pince-sans-rire de l'entreprise : entre la résignation des uns, la bêtise des autres, tous ces gangsters ont leur moment, leur scène, une ligne de dialogue sensationnels (Chris qui tente de se débarrasser de Ord en se plaignant de son parfum et l'intéressé qui précise que c'est l'odeur de sa lotion pour barbe ; Vernon dont Justine souligne qu'enfant il a été diagnostiqué par erreur comme génie, ce qui l'a traumatisé ensuite...).

La caméra manque parfois d'exploiter un peu plus la géographie de ce huis-clos, mais la confusion engendrée et entretenue par cette fusillade brouille finalement aussi bien les repères des acteurs que du spectateur, et donc, c'est bien vu.

Les acteurs, justement, sont tous formidables, du premier choix : Armie Hammer (fameux en king of cool), Brie Larson (loin de jouer la jolie poupée de service), Cillian Murphy (parfait en irlandais pointilleux), Sharlto Copley (grandiose en caïd crétin), Sam Riley (possédé en abruti junkie)...

Futur film-culte, je suis prêt à le parier !
*
Bonus track :

Cette fois, la publication de cette critique a fait moins de vagues, mais en trois réactions, la messe était dite. Premier à dégainer : Hips ! (un type remarquable par ailleurs, mais qui un poil cassant, et qui me fait le même effet que Lee Marvin - bref, quelqu'un qu'on n'a pas envie d'emmerder, mais si ça vous démange). Ce jour-là, il la joue désabusé, comme les grands tragédiens qui sont certains que le cinéma est mort (comme le rock'n'roll) - la preuve : il a détesté Valérian de Besson, mais de toute façon la cause était entendue, Besson l'insupporte comme individu et il avait envie de ne pas aimer le film.

Hips ! :

- J’ai trouvé l’idée ambitieuse mais l’exécution très pénible. C’est réalisé avec les pieds, aucune cohérence dans les directions de regard, on ne sait pas qui est où, c’est un bordel sans nom (et je ne pense pas que ce soit fait exprès. Au contraire, un film aussi chaotique se devait d’avoir une réal solide et carré)
Et à mon sens, pour qu’un film devienne culte il faut au moins qu’il innove, qu’il se distingue, soit sur la forme, soit sur le fond. Sur la forme, on a vu. Et sur le fond, ce film ne raconte rien de plus que “deux gangs de malfrats se tirent dessus dans un hangar“ basta cosi. Ca reste au ras-ras des pâquerettes. M’enfin, on va dire que c’est l’époque qui veut ça, du fun, du fun, surtout rien d’autre.

Puis, je vous le donne dans le mille, Zen Arcade (qui n'a pas vu ce film-là non plus) ajoute son grain de sel.

Zen Arcade :

- Ben Wheatley avait réalisé il y a quelques années un bon Kill list, sorte de variation post-moderne sur le thème du classique horrifique briton The Wicker man.
C'était roublard mais ça tenait bien la route. Et ça justifie bien le petit culte dont le film est aujourd'hui l'objet.
Malheureusement, comme c'est souvent le cas avec ce genre de petits malins, sa filmographie tend depuis à rapidement s'enliser, comme semble le laisser apparaître ce Free fire.

Puis Gilles C., un gars vraiment marrant, très philosophe et malicieux (même si certains interprètent ça comme de la condescendance... Avec laquelle il flirte parfois), tire le rideau.

Gilles C. :

- Sauf qu'il faut rarement croire UN forumer, et que ce film est qualitativement en réalité entre l' appréciation d'Hips et celle de Wildcard (et l'on remarquera que c'est souvent ici le cas.)

Ce post a déplu à Hips ! qui l'a qualifié d' "antilogie" peu après.

Mais cette hyper-réactivité, épidermique, et quelquefois alimenté par des gens, instruits mais n'ayant pas vu ce dont on parle, résume parfaitement l'ambiance d'un forum (surtout comme Buzzcomics), où il faut à la fois avoir le cuir dur et de la distance dans la discussion - et plus encore savoir quand ne plus l'alimenter.
On vous y fait croire que c'est un espace de discussions sympa, courtois, respectueux de l'autre, alors que c'est une arène, chronophage, usante, mais aussi électrisante. Après beaucoup (trop) de temps à y aller sans compter, j'y ai laissé des plumes, beaucoup d'énergie, pas mal d'illusions. On ne s'y fait pas d'amis (à moins de se fréquenter en dehors, ce qui n'est pas mon cas), par contre on peut y gagner des adversaires redoutables, durables, souvent pour des broutilles.
Quant au débat pacifique et honorable, c'est du pipeau : il faut un vainqueur et un vaincu. Et le vanqueur n'est pas celui a qui a raison, les meilleurs arguments, qui est le plus éloquent, c'est celui qui ralliera à son panache le plus grand nombre d'un trait de plume, d'un mot d'esprit.

Bref, c'est sportif. Gardez ça en tête si vous vous y aventurez. Plus vous y allez, plus vous y restez, plus vous vous épuiserez. Par contre, déposez quelques posts, n'engagez pas trop de discussions, sachez rester sous les radars, et, sans passer pour un lâche ou un fayot, vous pourrez durer.

CE QUI NOUS LIE, de Cédric Klapisch

J'ai (enfin !) pu voir le nouveau film de Cédric Klapisch

Jean revient en Bourgogne après que Juliette, sa soeur cadette, l'a prévenu que leur père est sur le point de mourir. Avec leur benjamin, Jérémie, ils doivent décider de ce qu'ils vont faire du domaine viticole dont ils vont hériter. Pour Jean, le choix est d'autant plus épineux que son retour provoque des sentiments exacerbés chez son frère et sa soeur, qu'il a quittés cinq ans auparavant, pour refaire sa vie en Australie où sa compagne, Alicia, et leur fils, Ben, cinq ans, l'attendent...

J'ai toujours apprécié le cinéma de Klapisch, un des rares cinéastes français qui sait conjuguer des ambitions d'auteur avec le souci de produire une oeuvre populaire. Quand on examine sa filmographie, il y a vraiment de quoi faire, aucun mauvais film (aucun film honteux). Il a su développer une saga générationnelle avec Romain Duris et leur trilogie (L'auberge espagnole, Poupées russes et Casse-tête chinois), et varier les plaisirs entre chaque épisode avec des histoires humanistes, à la fois légères et graves.

Il prouve encore une fois son savoir-faire de conteur avec ce récit dont le tournage s'est étalé sur une année, au fil des quatre saisons, pour mieux saisir l'évolution des paysages de la Bourgogne et de ses vignes. Cet investissement étonnant a été partagé par ses comédiens dont on reconnaît facilement qu'ils ont appris la geste de leurs rôles et dont la complicité irradie.

Le scénario use parfois de facilités narratives (la scène avec la lettre du père), mais Klapisch a le bon goût de ne pas en abuser et surtout il rattrape cette maladresse par la justesse et la bienveillance de son regard : il ne s'agit pas simplement de dresser la chronique d'une famille où les parents ne sont plus là, mais aussi d'évoquer les difficultés d'une succession, d'explorer les affres de la paternité, de l'affirmation de soi.

Visuellement, le film est vraiment splendide, et tous ceux qui ont participé à des vendanges, qui même ont eu des parents ou grands-parents ayant cultivé la vigne (comme ça a été mon cas), savoureront cet aspect-là.

Pio Marmaï, Ana Girardot (love) et François Civil sont formidables - et pour eux aussi, il faut souhaiter que le film rencontre le succès car leur talent mérite d'être reconnu.

Enfin, restez bien jusqu'à la fin du générique : pas pour une scène cachée, mais pour écoutez la chanson écrite et interprétée par la voix sublime de Camélia Jordana - une mélodie qui vous raccompagne avec douceur et émotion.
*
Suite à la publication de cette critique sur Buzzcomics, un échange avec d'autres forumeurs est né, qu'il me semble instructif de retranscrire ici. Ne vous étonnez pas des drôles de noms des intervenants puisque, sur les forums en général, tout le monde aime se rebaptiser avec des pseudos bizarres (moi-même, je sévis sous un nom de code, Wildcard). Pour la lisibilité de l'échange, je mets en italique les propos tenus par mes interlocuteurs.

Arrowsmith :
- Je suis partagé sur ce film.

D'un côté la joie de retrouver l'ambiance à la Klapisch avec sa bonne humeur, son humanisme et son humour pas lourdingue (les deux scènes où les frères interprètent les paroles d'autres personnages sont tordantes). On en ressort avec le sourire et en se disant que l'on a eu ce que l'on était venu chercher.

De l'autre déception car le scénario ne va pas assez loin et ne fait qu'effleurer le sujet de la succession dans une situation où (et malheureusement je peux en témoigner) non, tout ne peut pas aller si bien (une engueulade et c'est terminé). Trop long également, l'équilibre entre la comédie et les scènes dans la nature (les vignes) n'étant pas forcément très bien équilibrées. La gestion d'un domaine viticole aurait mérité également un plus de développement même si le choix du réalisateur de se focaliser sur le gout et les arômes du vin est assez juste.

Un film bancal qui hésite à enfoncer le clou là où cela risque de faire mal (peur de perdre sa façon de faire ? ce qui fait son cinéma ?). Les premiers films de Klapisch était plus pertinent et grinçant avec un regard finalement plus juste (Riens du tout, Le Péril jeune et Chacun cherche son chat). J'aurais aimé voir le Klapisch des années 90 réaliser Ce qui nous lie.

Je te rejoins sur les acteurs (toujours très bon chez Klapisch). Je voulais voir également ce qu'allait donner Pio Marmaï chez Klapisch (comme une évidence que ces deux là se rencontrent, tant Pio Marmaï me fait penser à Romain Duris dans sa trajectoire)

Moi :

- Je crois que, moins qu'une "peur de perdre sa façon de faire", de "ce qui fait son cinéma", Ce qui nous lie est un film-test pour Klapisch. De ce que j'ai lu sur sa conception, d'après les propos même du cinéaste, il a voulu sortir de sa zone de confort en abordant des thèmes plus adultes (puisque son cinéma est quand même très associé à la jeunesse, à cause/grâce à la trilogie avec Duris et depuis Le péril jeune), d'où la paternité, le deuil, l'héritage (familial mais aussi affectif) - expériences que Klapisch a vécues ces dernières années.

Le résultat n'est pas parfait : on sent effectivement des inégalités dans le rythme, parfois une frustration dans certains passages (notamment quand ça se tend entre les deux frères et la soeur sur la propriété). Mais je crois que ces déséquilibres étaient inévitables parce que c'est un peu nouveau pour Klapisch. Au moins peut-on le créditer de ne pas se reposer sur ce qu'il sait bien faire.

Par ailleurs, c'est vrai qu'il était plus grinçant à ses débuts, y compris dans la comédie, mais ça correspondait à une certaine insolence juvénile, traduite par ses héros et ses sujets - par exemple, est-ce un hasard s'il n'a jamais refait de polar (avec une critique sur les médias) après l'échec de Ni pour, ni contre (bien au contraire) ? Ou si, à part Riens du tout et Ma part du gâteau, il a abandonné le cinéma social ? Je crois tout simplement qu'il ne s'y sent pas (plus ?) à l'aise. Sa démarche fait penser à celle de Sautet : il se débarrasse de plus en plus des éléments d'époque (qui datent les films) pour se focaliser sur les personnages, leurs relations, leurs tourments.

Reste à voir comment il va creuser ça maintenant : en épurant encore plus, vers une sorte de comédie intimiste ? Ou en situant ses histoires dans un milieu, un décor particulier, propices à l'expression de certains rapports humains ?

En tout cas, avec Pio Marmaï, le cinéaste a peut-être trouver le remplaçant de Duris. Marmaï a quelque chose de "Dewaerien" dans son jeu, une sorte de tonicité un peu lunaire, qui créé de l'inattendu. Duris et Klapisch sont devenus aussi indissociables que Léaud-Truffaut, on les attend trop ensemble dans un certain registre : s'ils s'éloignent un moment l'un de l'autre, quand ils se retrouveront, ça redeviendra frais.

J'ai été bref sur Civil, mais il est excellent (la scène où il "s'explique" avec son beau-père, sans oser lui dire "va chier", comme le suggérait Alicia, est irrésistible). Et Ana Girardot : magnifique vraiment, toute fine, fragile, mais en fait très forte (j'ai adoré, à la fin, qu'elle revendique son "élégance" en alignant les gros mots). Dans ces moments-là, Klapisch est très fort parce que ça semble improvisé, très naturel, et en même temps très écrit, très dosé, très placé.

Arrowsmith :

- A juger donc au prochain Klapish pour voir si Ce qui nous lie est un film de transition vers de nouveaux horizons où bien le début (et je mettais Casse tête chinois avec) le début d'une longue liste de films décevants.

Puis, un troisième larron s'est mêlé à la discussion et jugez de la suite, en ayant bien à l'esprit que ce sire n'avait pas vu le film (ce qui ne l'empêchait pas d'avoir un avis - selon le bon mot de Coluche : "il avait un avis sur tout. Enfin... Il avait surtout un avis.").

Zen Arcade :

- Comme d'habitude, un vague truc tiédasse.
Ni bon, ni mauvais. Juste quelconque.
Du Klapisch, quoi.

Plus on est de fous... Un 4ème a quelque chose à déclaré (sans avoir vu le film lui non plus !).

Gilles C. :

- Je crois que Riens du tout est le seul vraiment bon Klapisch.
La preuve, son titre était en avance de plus de 25 ans!

Et puis un 5ème invité frappe à la porte (toujours sans avoir vu le film !).

Hannah :

- Non, c' est Chacun cherche son chat.

Arrowsmith :

- Je l'ai cité. De ses 3 premiers films c'est le Péril Jeune qui a ma préférence (et ne pas oublier qu'il a été réalisé au départ pour une exploitation à la télévision).
Chacun cherche son chat est également spontanée dans son approche et tournage. C'est sa force (j'aime beaucoup également, je le mets en 2).

M'étant entre-temps absenté, je lis ces commentaires avec perplexité : beaucoup de monde ont un mot à dire (et un mot peu flatteur) sur un film qu'ils n'ont pas vu (à part Arrowsmith). Je rebondis plus spécialement sur le propos de Zen Arcade et sa manière définitive de qualifier le cinéma de Klapisch - il m'arrive aussi d'être péremptoire à l'occasion, mais je me soigne, et donc quand je remarque ça chez un autre, je m'échauffe vite. Les commentateurs aux avis définitifs m'ont toujours fâché.

Moi :

- Ce genre d'avis expéditif ["Comme d'habitude, un vague truc tièdasse"me fait penser à ces gars qui ne jurent que par les sensations fortes, comme s'ils buvaient un verre de gnôle le matin au petit-déjeuner et des plats super-épicés à chaque repas.
Bon, remarque, je veux bien qu'on ne cherche au cinoche que de l'extrême, des productions limites, qui vous retournent comme si on était dans le tambour d'une machine à laver au moment de l'essorage. Mais, alors il n'y aurait pas de "films du milieu", des films tout simplement bien faits, agréables, faciles à regarder sans être bassement produits. On est dans un espace estimable du cinéma français tiraillé entre sa tradition "auteuriste" et son formatage pour le prime-time télé à base de comédies bas du plafond (faciles à identifier avec leurs titres en un seul mot...). 
Klapisch n'est peut-être pas un "grand" cinéaste et sa filmo n'est peut-être pas digne d'être cité dans des des guides de longs métrages incontournables, mais il n'y a rien de honteux ni de malhonnête dans ce qu'il fait. Il raconte ses histoires avec habileté, des histoires aimables et pas bêtes, bien écrites, réalisées, jouées - tout ça mérite le respect, à défaut de l'adhésion.

Mais, évidemment, ça ne plait pas à Zen Arcade que je lui réponde un peu sèchement et il entend bien avoir le dernier mot : c'est un garçon intelligent, mais objectivement élitiste (qu'il s'agisse de BD, ciné, musique), et ce qu'il écrit ensuite le prouve.

Zen Arcade :

- Ben ouais, désolé, je suis du genre à découvrir le jazz par le free, la musique classique par du contemporain atonal, les comics par atchmen...
J'aime pas les trucs tiédasses, c'est comme ça.
Ouais, c'est certainement estimable mais je trouve ce type de cinéma sans intérêt.
Ces films "tout simplement bien faits, agréables, faciles à regarder sans être bassement produits" me donnent juste l'impression de perdre mon temps.
Mais tant mieux pour ceux qui comme toi y trouvent leur compte.
Entre la tradition "auteuriste" et le formatage pour le prime-time télé, ce qui manque à mon sens dans le cinéma français, c'est pas les films tiédasses à la Klapisch, c'est bien plutôt une vraie tradition du film de genre.

Lassé, comprenant que le dialogue est dans une impasse, j'essaie quand même d'en tirer une synthèse tout en défendant une dernière fois les efforts de Klapisch (et quelques autres à travers lui). Mais aussi résolu à clore le débat, qui risque de dégénérer (et Dieu sait si ça va vite sur les forums dans ce genre de situation). Personne n'a tort ou raison, mais un peu de mesure et surtout l'honnêteté de parler d'un film en l'ayant vu me semble en tout cas la moindre des choses.

Moi :

- Mais ça, je crois que c'est cyclique.
Le film noir, le polar, par exemple, en France, a connu des sommets avec Melville, puis des cinéastes (parfois injustement qualifiés de "yes men", de "faiseurs") comme Deray, Verneuil, en ont signé d'autres (avec Belmondo, Delon, Ventura, Gabin sur ses vieux jours, Michel Constantin). Des séries B qui sont souvent rediffusées, mais qui gagnent en charme avec les ans parfois (je me rappelle avoir revu "Mélodie en sous-sol" par exemple, d'abord sans conviction, puis de plus en plus épaté par la photo, la tension, jusqu'à la scène finale superbe).
Quand Olivier Marchal a réalisé "36 (Quai des Orfèvres)", même si le résultat n'est pas sans défaut, il a revivifié le genre avec son expérience de flic. Le problème, c'est que le succès du film a entraîné tous les producteurs (dont les chaînes de télé) à reproduire sa formule (avec des flics de plus en plus déglingués, des histoires de plus en plus glauques), et cela a généré des séries similaires (d'ailleurs sous la houlette de Marchal, très opportuniste et complaisant, comme "Braquo").
Faut juste attendre qu'un réal' puisse proposer un nouveau polar qui diffère de ce qu'a provoqué Marchal.

La comédie, c'est pareil. Au milieu de tout un tas de nanars, photocopiés jusque dans la manie de leur donner un titre en un, deux ou trois mots (de "Camping" à "Barbecue" en passant par "Alibi.com" et j'en passe), tu tombes quand même sur des productions inspirées, rares certes, mais avec un souci évident d'écrire quelque chose de qualité ("Populaire", "L'Arnacoeur").

Et puis les autres genres possibles dépendent d'éléments très variables : les films d'aventures, de cape et d'épée, nécessitent de gros budgets, et les financiers sont frileux face aux concurrents-mastodontes comme une saga genre "Pirates des Caraïbes". La SF, le fantastique n'ont jamais eu d'âge d'or chez nous. Et la comédie musicale, malgré la révérence de Damien Chazelle à Demy, s'est justement limitée à ce cinéaste. 

Les francs-tireurs, comme Blier, à tort ou à raison, n'ont plus de place aujourd'hui : l'époque a dépassé leurs transgressions (parfois répétitives, faussement audacieuses). Et les cinéastes au service des stars pour des films de genre sont aussi discrets parce que des stars dont le nom garantit un succès automatique n'existent plus (heureusement ou pas).

Par impatience ou par réel goût (pour un format plus long, propre à développer leurs histoires), des cinéastes (par ailleurs en mal de succès en salles) se retournent aussi vers la télé pour honorer certains genres (voir l'excellent "Le Bureau des Légendes" d'Eric Rochant).

C'est aussi en tenant compte de ce contexte que je trouve sévère de taxer les films de Klapisch de "tiédasses" parce qu'il est un des rares (avec Rémi Bezançon) à oeuvrer dans ce qu'on appelle la "comédie dramatique" (la "dramedy", comme disent les ricains) sans sombrer dans le banal. Ses films sont toujours bien écrits, bien filmés, bien joués, il s'inscrit dans une tradition de cinéastes honnêtes, solides, aux formules personnelles (comme Truffaut, Tavernier, Leconte par ex).

Tout ça pour dire que, si je comprends la frustration de ne pas vivre des expériences assez fortes régulièrement en salles, et de déplorer le formatage de la production, il ne faut pas non plus tout déprécier et savourer ce qui est tout bêtement bien fait. Même si ce n'est pas parfait, ébouriffant, il y a de quoi discuter (notre échange avec Arrosmith en témoigne).

THE NEW MUTANTS ANNUAL #2 & #3, de Chris Claremont et Alan Davis

Se replonger dans la lecture d'Alan Davis, et en l'occurrence ici de son partenaire favori Chris Claremont, est un plaisir dont il ne faut pas se priver. Surtout quand il s'agit de raretés comme les Annuals #1 et 2 des New Mutants (1986 et 1987) !

Sans jouer au "vieux con nostalgique" (ce que je déteste chez les autres ne me convient pas davantage pour moi), il y avait une fantaisie dans ces épisodes qui mes semblent avoir totalement disparu, surtout qu'elle avait quelque chose de spontanée, résultat sans doute de la communauté d'esprit entre le scénariste et le dessinateur, tous deux anglais, et donc avec un humour décalé.

L'Annual #1 démarre sur le chapeaux de roues et mérite bien son titre (Wildways). Mojo et Spiral kidnappent Psylocke pour en faire la vedette d'un show. Les nouveaux mutants le découvrent et partent la délivrer mais se font pièger à leur tour. Captain Britain s'en mêle et ne peut guère compter que sur Cypher et Warlock (ce dernier immunisant son 'ami-de-moi") contre l'influence du méchant...

Une des curiosités de cet épisode "king-size" est qu'Alan Davis s'encre lui-même, un exercice qu'il n'a jamais apprécié (comme me l'a appris Phil C., il pousse tellement ses crayonnés que les encrer lui donne l'impression de dessiner deux fois les mêmes images). On note par ailleurs que l'artiste n'a pas encore donné leur forme définitive à certains personnages, Captain Britain le premier (qui est moins baraqué que dans Excalibur) ou évidemment Psylocke qui n'a pas encore son look ninja qui l'a rendra si populaire (et que portera si divinement à l'écran Olivia Munn dans X-Men : Apocalypse).

Claremont est en mode pilotage automatique, livrant une copie correcte mais guère inspirée. Il y a certes beaucoup de rythme (les histoires à cette époque filaient comme des F1), mais je suis resté un peu frustré. Malgré tout, le fan que je reste de ce scénariste a souri devant les déconvenues délirantes qu'il inflige à ses héros (Captain Britain, toujours, en prend pour son grade), et le duo Cypher-Warlock est épatant.

Plaisant donc, mais, un an après, on va assister à une sacrée montée en régime !

L'Annual #3 est un petit chef d'oeuvre d'une cinquantaine de pages (quand même). En l'absence des X-Men, les nouveaux mutants, consciencieux, s'entraînent quand même dans la salle des dangers et Cypher leur a concocté un programme copieux en les opposant à des répliques rajeunies des Vengeurs. Ils en viennent à bout en faisant preuve de solidarité et d'efficacité, mais la séance est interrompue par l'arrivée d'un curieux vaisseau spatial dont descend... L'homme impossible !
Toujours aussi délirant et vaniteux, il provoque l'ire de Warlock qui entame alors une bataille infernale avec lui, à grands renforts de transformations et de téléportations tout autour du monde...

C'est un vrai festival ! Claremont part d'une situation simple et s'amuse franchement avec le personnage de l'homme impossible (garantie de rigolade, il faut dire). Cette fois, le scénariste lâche les chevaux et ne recule devant aucune énormité, grâce aux métamorphoses de Warlock et son adversaire, qui permet de convoquer les icônes de Marvel et de provoquer des bagarres d'anthologie mais aussi des duels grotesques... Jusqu'à la chute irrésistible où les nouveaux mutants, ayant pensé avoir effacé toutes les traces de leur aventure, sont rappelés à l'ordre à cause d'un détail...

Davis, cette fois encré par Paul Neary, est lui aussi dans une forme olympique : avec le script dont il dispose, il fait feu de tout bois et accumule les morceaux de bravoure. Son découpage a une énergie folle, ses personnages sont admirablement expressifs, et certains passages sont hilarants (la scène à Rio - voir ci-dessus). 

Quel gâchis que Marvel n'emploie pas mieux ce fantastique dessinateur, et surtout ne le laisse plus écrire et illustrer ses propres histoires (des projets hors continuité, puisque Davis a horreur de s'y plier). Ou alors avec un auteur qui lui donne du biscuit (comme Bendis sur Avengers Prime).

Jetez, comme moi, un coup d'oeil dans le rétro et (re) lisez ça : vous allez vous régaler !

vendredi 21 juillet 2017

FARGO (Saison 3) (FX)


Connaissez-vous Eden Valley ? Non ? Laissez-moi vous y inviter car c'est le théâtre de l'intrigue de la saison 3 de la génialissime série Fargo, diffusée sur FX.
 Emmit Stussy (Ewan McGregor)

Emmit Stussy est "le roi des parkings du Minnesota", comme aime à le lui répéter son bras-droit, Sy Feltz. Il a bâti son empire en vendant une collection de timbres rares, dont il ne lui reste plus qu'un exemplaire et qu'il tient de son père, un immigré venu d'Europe de l'Est.
 Ray Stussy (Ewan McGregor)

Cette héritage l'oppose depuis à son frère jumeau, Raymond, agent de probation, qui veut désormais que Emmit lui octroie un dédommagement substantiel en espèces sonnantes et trébuchantes.
 Nikki Swango (Mary Elizabeth Winstead)

Mais cette idée, ce loser sympathique de Ray ne l'a pas eue tout seul : enfreignant les règles déontologiques de sa profession, il fréquente une superbe arnaqueuse, Nikki Swango, aussi âpre au gain et fine stratège que sincèrement entichée. Elle lui inspire plusieurs plans, toujours plus pervers, pour obliger Emmit à cracher l'oseille (fausse sex-tape, chantage, etc).
V.M. Vargas (David Thewlis, au centre)

Ce que personne n'avait prévu, c'était que cette affaire de vengeance familiale allait déplaire à V.M. Vargas (prononcez "Varga"...), un affairiste crapuleux, qui a prêté un an auparavant un million de dollars à Emmit et qui, aujourd'hui, en contrepartie, va se servir de son entreprise pour du blanchiment d'argent. Quiconque déplaît à Vargas et ses deux terrifiants sbires ne fait pas long feu...
Commissaire Gloria Burgle (Carrie Coon)

Mais ce que Vargas n'avait pas escompté, c'est l'imbroglio imaginé initialement par Ray pour rançonner Emmit : il avait recruté un de ses prisonniers en liberté conditionnelle, un junkie totalement stupide, pour le charger de voler le fameux dernier timbre rare. Mais, ayant égaré l'adresse d'Emmit, il ne se rend pas au bon endroit et tue un innocent également nommé Stussy... Qui est le beau-père de Gloria Burgle, commissaire de police d'Eden Valley, aussi pugnace que maline !

Cette histoire complètement timbrée, ici à peine résumée (tant elle foisonne de rebondissements) sert de trame à cette saison 3, riche de 10 épisodes de 50 minutes.

Comme vous l'aurez deviné, si vous ne le saviez déjà, Fargo est une déclinaison du film éponyme des frères Coen, sorti en 1996. Le showrunner Noah Hawley a si bien intégré ce qui fit le sel de ce long métrage qu'on croirait la série pilotée par le tandem de cinéastes.

Pourtant, il ne s'agit pas d'un simple exercice de style, "à la manière de". L'écriture est prodigieusement maîtrisée, mélange de comédie noire et d'intrigue policière, développée selon un tempo rigoureux et une imagination fertile. L'histoire est complexe, certes, mais parfaitement lisible et passionnante (moi, je m'en suis tenu à deux épisodes par jour, sauf à la fin où j'ai enquillé quatre chapitres car je ne pouvais plus attendre de connaître le dénouement, mais les amateurs de "binge-watching" se régaleront avec ces dix heures intenses, hilarantes, surréalistes).

Chaque épisode s'ouvre avec la mention selon laquelle l'histoire s'est vraiment déroulée en 2010 dans le Minnesota, mais que par respect pour les défunts, les noms ont été changés alors que le déroulement des faits respecte scrupuleusement la vérité. J'ignore si c'est authentique ou juste une plaisanterie supplémentaire, mais après tout qu'importe, même si un récit aussi fou a bien pu avoir lieu.

Réalisée avec un brio bluffant (ambiances hypnotiques, rythme implacable, photo magnifique, compositions des plans sensationnelles), la série bénéficie aussi d'un casting éblouissant - et c'est pour lui que j'ai démarré par la saison 3.

Dans Fargo, vous aurez droit à deux Ewan McGregor pour le prix d'un (et s'il ne décroche pas un Emmy Award, je n'y comprends rien car il est époustouflant). Mais vous aurez aussi Mary Elizabeth Winstead, qui est à la fois d'une beauté renversante, qui a le meilleure nom d'héroïne (Nikki Swango !), et qui interprète génialement cette dure-à-cuire. Vous retrouverez David Thewlis dans une composition de salopard répugnant jubilatoire (avec une recette de thé inoubliable...). Et vous sourirez avec la même satisfaction que l'épatante Carrie Coon à la fin (la comédienne est fantastique dans son rôle de flic obstinée).

Enorme kif donc. Ne vous en privez pas !

CAPTAIN BRITAIN & MI13, de Paul Cornell et Leonard Kirk


Une virée en Grande-Bretagne à l'heure du "Brexit" ? (Re)lisons Captain Britain & M.I.13 de Paul Cornell et Leonard Kirk.

La série est lancée comme tie-in à la saga Secret Invasion (Brian Michael Bendis / Leinil Yu) mais la formule s'attire un public de fidèles qui maintiendra le titre à flot pendant une quinzaine d'épisodes, soit trois arcs, et un Annual (que j'ai zappé).

Donc, les Skrulls passent à l'offensive et ciblent l'Angleterre dont ils convoitent la magie. Une unité spéciale, le MI 13, commandée par Pete Wisdom, est sur le pied de guerre pour protéger la population et ce patrimoine bien spéciale. L'équipe compte dans ses rangs Captain Britain, Black Knight, Spitfire, Union Jack.

Cornell réjouit par le rythme avec lequel il mène son affaire : 4 épisodes à fond les ballons, avec destructions massives, morts rapides et résurrections aussi express, nouvelle détentrice d'Excalibur (une femme médecin musulmane et voilée, Faïza Hussain), des démons, des skrulls très hargneux. On ne s'ennuie pas... Parce qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer !

Graphiquement, Leonard Kirk est au diapason, encré par Jesse Delpergang. Il s'amuse visiblement à animer ces scènes d'action spectaculaires, même s'il échoue à donner du volume à Captain Britain (qui semble avoir subi un régime par rapport à celui dessiné par Alan Davis).
En prime, on a droit à des couvertures de Bryan Hitch (pas toujours renversantes, mais disons que ça se remarque). 

On croit qu'après ça, c'est bouclé, mais que nenni ! 

Après Secret Invasion, Cornell annonce Hell goes to Birmingham (sacré titre) et cette fois, l'équipe doit affronter les conséquences d'un geste mal mesuré par Pete Wisdom, qui, pour repousser les skrulls, a libéré des démons. Tous ont accepté de regagner leurs dimensions par loyauté, sauf un : Platko !
au passage, on s'aperçoit que Mr Misery, dans Dr Strange
de Aaron et Bachlo, est la copie conforme de Platko...
C'est pas beau de copier, même une série un peu oubliée !

Platko vend littéralement du rêve aux humains, et ainsi compte asservir le monde. Captain Midlands, une recrue secondaire du MI 13, trahit le groupe que Blade le chasseur de vampires a rejoint - et lorsqu'il apprend que Spitfire tient ses pouvoirs d'un vampire, vous imaginez que ça complique encore plus la situation !

Toujours pied au plancher, Cornell exploite superbement son intrigue avec une menace originale et spectaculaire, qui permet aussi, habilement, d'explorer les fantasmes de chaque membre de l'équipe (Captain Britain retrouve Meggan, bien vivante, mais s'en détourne, persuadée que c'est une illusion ; Faïza et Black Knight commencent à flirter...). C'est très plaisant à lire, sans prétention mais solide.

Pat Oliffe vient remplacer Kirk au dessin le temps de l'épisode 5, tandis que les encreurs se succèdent (Delpergang étant parti au terme du premier arc). Kirk, lui-même, donne tout ce qu'il a dans des planches exigeantes (explosions multiples, figuration importante, etc), et on sent qu'il tire un peu la langue - souvent influencé par Immonen, il n'en a cependant pas la sidérante régularité.

L'histoire se termine par une nuit au clair de la lune. C'est qu'il s'y prépare du vilain...
 Et cette fois, c'est Stuart Immonen qui se colle
aux couvertures : la classe !

La série va s'achever dans un feu d'artifices et un arc plus long (six épisodes), avec un méchant d'envergure : Dracula. Le prince des vampires accepte d'épargner la Latvérie avec le Dr. Fatalis alors qu'il s'apprête à attaquer la Terre en commençant par le Royaume Uni, dont il se méfie (comme les skrulls) à cause de sa concentration magique.

Le père de Faïza est enlevé, le fils de Spitfire l'attire dans un guet-apens, mais Blade a un as dans sa manche : le crâne de Quincy Harker, qui permet de dresser une barrière magique contre les vampires et de les repousser le moment venu : ça va saigner ! Dracula a aussi, croit-il, un joker puisque Fatalis, durant leur négociation, lui a livré Meggan, histoire de piéger Captain Britain !

Vampire Nation est l'histoire la plus folle et la plus inégale du lot : Cornell multiplie les rebondissements avec adresse et tonus mais abuse parfois des surprises providentielles et cède au bain de sang prévisible et violent d'un tel récit. 

En même temps (comme dirait notre nouveau président), il sait tirer parti du matériel dont il dispose : puisque tous les héros de la série sont des seconds couteaux, aucun n'est assuré de s'en tirer, seule l'affection que peut porter le lecteur à l'un ou l'autre fait la différence, mais ça créé un vrai suspense.

Kirk a un point de côté puisqu'il est régulièrement assisté par Ardian Syaf sur plusieurs épisodes et le mélange de leurs deux styles donnent des écarts déroutants. Mais dans l'ensemble, ça reste honorable : Cornell aime quand ça pète de partout, que ça gicle, que ça démonte, que ça ventile façon puzzle, avec un max de figurants et de décors/véhicules qui partent morceaux, donc le(s) dessinateur(s) qui illustre(nt) ça a(ont) intérêt à être costaud(s).

Je me demande ce que cette quinzaine d'épisodes auraient donné avec Alan Davis au dessin : voilà une production qui aurait été parfaite pour lui, d'autant que Cornell sans être Claremont est à l'aise avec ses héros, la dynamique de groupe, un certain humour délirant.

Bon, ça ne vaut pas la grande époque d'Excalibur (celle de Claremont/Davis et plus encore celle de Davis en solo), mais c'est très divertissant.

jeudi 20 juillet 2017

GYPSY (Netflix)


Voilà une série télé que je vous conseille : Gypsy, diffusée sur Netflix, en 10 épisodes (de 50' env.).
  Jean Holloway/Diane Hart (Naomi Watts)

Jean Holloway est pyschanalyste, mariée à Michael, avocat, et mère d'une petite fille. Elle s'occupe principalement de trois patients : 

-Sam Duffy, qui vit difficilement sa séparation d'avec sa girlfriend Sidney Pierce ; 
- Allison Adams, adolescente toxicomane qui a coupé les ponts avec sa famille ; 
- et Rebecca Rogers, sexagénaire qui ne s'assume pas comme mère trop possessive et ne comprend pas que sa fille refuse de la revoir. 
 Michael Holloway (Billy Crudup)

Mais Jean elle-même est une thérapeute trouble et troublée : ainsi a-t-elle l'habitude de poursuivre ses études sur ses patients en dehors du cabinet où elle pratique (avec trois autres collègues). Elle enquête sur la famille et le petit ami d'Allison, sur la fille de Rebecca, et l'ex-fiancée de Sam.
 Joan/Diane et Sidney (Naomi Watts et Sophie Cookson)

Mère et épouse modèle, elle cache tout cela à son mari, dont la secrétaire, très sexy, ne le laisse pas insensible (même s'il refuse d'être infidèle... Jusqu'à ce qu'une rumeur ne se répande à ce sujet après un déplacement professionnel au Texas avec un collègue et ladite secrétaire).
 Joan et Allison (Naomi Watts et Lucy Boynton)

Sous la fausse identité de Diane Hart, pseudo-journaliste, Joan séduit/se laisse séduire par Sidney Pierce, qui travaille comme barista et chante dans un groupe rock ; héberge (dans l'appartement où elle vivait avant de se marier) Allison pour l'éloigner de son copain toxico et violent, et fréquente la fille de Rebecca qui a intégré une sorte de communauté hippie-chic.

Mais à force de jongler avec toutes ces histoires parallèles, de s'y investir au-delà du raisonnable, Joan met en péril sa vie de famille, son travail et son propre équilibre personnel... Jusqu'où conservera-t-elle ses secrets ?

Il y a quelques mois, j'avais suivi Chance, sur Hulu, avec Hugh Laurie et Gretchen Mol, qui mettait également en scène un psy dans une intrigue amoureuse perverse. Remarquable réussite (malgré une fin un peu capillotractée - mais une saison 2 est prévue et devrait permettre de rétablir cela).

Ici, l'atout de Gypsy (qui, au passage, a provoqué une polémique absurde aux Etats-Unis car le titre indisposait des associations estimant que cela stigmatisait la population gitane !), c'est encore une fois son casting, sensationnel, et en première place Naomi Watts (qui est aussi productrice du show créé par Lisa Rubin). L'actrice est sublime dans son rôle, à la fois sensuelle (à 48 ans, elle n'a jamais été aussi belle) et borderline : son jeu, tout en finesse, est admirable, réussissant à exprimer les émotions intenses qui agitent son personnage avec une subtilité rare. Et puis quelle classe !

Elle est bien entourée : Billy Crudup est excellent dans le rôle du mari, Sophie Cookson incarne l'objet du désir à la perfection, Lucy Boynton est épatante en toxico (dont le secret, une fois révélé, donne une dimension renversante à son histoire)...

L'écriture diffuse une ambiance ouatée très prenante, jouant sur l'image d'une héroïne trop parfaite pour être honnête, toujours sur la corde raide. Les relations entre les personnages sont riches, complexes, et le récit se déroule en conservant une tension constante, sans céder à la facilité d'effets classiques.

Le seul bémol concerne la réalisation, inégale - en particulier quand il s'agit de visualiser les fantasmes de Joan/Diane. Mais cette réserve mise à part, la production est très soignée, on ne s'ennuie jamais (et une saison de 10 épisodes l'empêche quand elle est bien structurée).

Une réussite.

INFERNO, de Stuart Immonen

 


 y a une bonne vingtaine d'années...

... Stuart Immonen bossait alors chez DC : une partie conséquente de son travail que je connais mal (voire très mal), et qui m'a donné envie de lire cette mini-série culte, Inferno, dont il signe scénario et dessins, avec déjà Wade Von Grawbadger à l'encrage.

L'histoire est assez curieuse : elle implique une jeune femme, membre de la Légion des Super-Héros, toutes deux temporairement établies au XXème siècle. Coincée dans un supermarché, Inferno entend des voix et se lie à un groupe d'adolescentes, dont l'une d'elles est recherchée par la police car elle a fugué. 
Tout en faisant connaissance avec ces filles, Inferno a des "absences" au cours desquelles elle se remémore sa jeunesse (confiée par ses parents à des laborantins qui ont analysé ses pouvoirs et appris à les maîtriser) et doit affronter ses démons (entre succomber à sa peur du noir et à une étrange créature qui se renforce grâce à cette phobie, ou surmonter son tempérament volcanique et s'émanciper de la LSH).

Dans la postface du dernier épisode (la série en compte quatre), Immonen explique la genèse compliquée de ce projet, dont l'héroïne était négligée, et alors que lui-même était par ailleurs fort affairé par ses épisodes de Adventures of Superman. C'est en profitant du désintérêt des éditeurs pour le personnage et en jouissant d'une liberté totale pour concevoir ses épisodes (notamment en créant des couvertures atypiques, inspirés des mangas) qu'il a réalisé ceci.

Brodant sur le passage à l'âge adulte, s'amusant avec le pouvoir pyrotechnique de l'héroïne correspondant à son caractère ombrageux, Immonen déroute par sa narration entre rêve et réalité, qui convoque un panda énigmatique (selon le principe que la différence entre un mystère et une énigme est qu'une énigme a toujours une solution). C'est habile, mais étrange.

Visuellement, le trait d'Immonen n'a rien à voir avec celui qu'on lui connaît aujourd'hui (ou plutôt avec ceux qu'on lui connait tant il a pris l'habitude de changer de style à chaque projet). A cette époque, il est clairement sous l'influence d'Adam Hughes : le résultat est très élégant et classique, avec déjà une narration exceptionnellement fluide et dynamique. Même le look assez kitsch d'Inferno passe bien grâce à ça.

Il faudra que je trouve le temps de me plonger plus avant dans ce DC-Immonen désormais...

mercredi 19 juillet 2017

DEFENDERS #1-2-3, de Brian Michael Bendis et David Marquez


Avant de découvrir la version en série télé sur Netflix, à partir du 8 Août prochain, examinons les trois premiers épisodes déjà disponibles de The Defenders, écrits par Brian Michael Bendis et dessinés par David Marquez. Un projet de longue date en vérité puisque le scénariste l'avait annoncé, discrètement lors du dernier épisode de son run sur New Avengers (à l'époque, l'auteur prévoyait de relancer le titre Heroes for Hire, avec Mike Deodato, mais le projet fut retardé pour je-ne-sais-quelle-raison...).

Diamondback is back ! Et il a pour projet de devenir le nouveau baron du crime organisé de New York. Son plan passe autant par la conquête que par la vengeance car, bien renseigné (même si on ignore comment, tout comme on ne sait pas encore comment il est revenu à la vie...), il s'attaque successivement à Jessica Jones (dans son agence), Luke Cage (dans la rue), Matt Murdock (dont il connaît la double identité en tant que Daredevil) et Danny Rand.
Une fois ses adversaires prévenus, il tente d'acheter la complicité de Black Cat qui lui tend un piège, mais va mesurer son erreur, tandis que DD convainc Jessica et Iron Fist de s'allier face à cette menace...

Bendis revient à ses racines, les street-level heroes, avec quatre personnages qu'il a longuement animés précédemment. Il imprime beaucoup de rythme à ce lancement, la cause de la réunion des quatre Defenders est simple et logique pour chacun (et le fait que ce soit DD qui la motive est habile). La dangerosité de l'ennemi est établie de façon tout aussi efficace : ça va chauffer, le méchant n'est pas là pour négocier !

Quant aux fameux dialogues "bendisiens", ils m'ont parus moins abondants qu'à l'accoutumée, donc j'estime que, pour cette fois, on ne pourra guère l'attaquer sur ce point.

David Marquez est un dessinateur qui grandit vite et bien : au début, je le trouvais un peu lisse (voir Ultimate Spider-Man), puis il a subtilement modifié son style (Invincible Iron Man) avant d'être très rapidement placé sur un event (Civil War II, où, compte tenu des contraintes de l'exercice, je l'ai trouvé à l'aise).
Ici, il a un peu durci et noirci son trait et ça lui va bien : ses pages sont découpées simplement, mais ses plans sont soignés (des décors fournis, des angles de vue dynamiques, des persos expressifs). Et la colo de Justin Ponsor ne gâche rien.

On n'est pas dans un décalque comics des productions Netflix avec ces persos. C'est très accrocheur et prometteur. 

Le retour (d'entre les morts) de Diamondback s'est soldé dans un premier temps par une correction en règle de Luke Cage, grâce à l'exploitation d'un de ses points faibles physiques. Direction : la clinique de la Night Nurse.
Cependant, Daredevil interroge Ben Urich sur ce qu'il sait au sujet du vilain et va prêter main forte à Jessica Jones, tandis que Danny Rand lance un audacieux défi au Caïd. Mais attention ! Un vigilant rode dans l'ombre, attentif à ces mouvements dans les bas-fonds...

Bendis est vraiment comme un poisson dans l'eau dans cette intrigue urbaine, et, passé le résumé des faits (de manière astucieuse), il entretient bien la tension engendrée par ce qui est arrivé à Luke. La complémentarité de ces Defenders est brillamment exploitée : de ce point de vue, la scène entre Rand et Fisk est une merveille (qui a de plus le mérite de montrer en effet Danny offensif et profitant de son rang social pour se glisser dans une soirée huppée). 
Un autre très bon moment se déroule dans la clinique de la Nurse Night, avec un invité surprise (mais judicieux). Et puis un grand classique, toujours savoureux, avec DD et Urich.
Pas de dialogues envahissants, mais un rythme très soutenu : pour un peu, on croirait que Bendis a voulu déjouer les attentes de ses détracteurs...

Visuellement, Marquez marque encore des points : il est à l'aise dans les séquences calmes, mais s'éclate et maîtrise les bastons (l'irruption de DD dans le repaire de Diamondback est superbement mise en scène et la bagarre qui suit est spectaculaire, avec des angles de vue très dynamiques - voir ci-dessus).

La colo de Ponsor est parfaite, traduisant bien cette ambiance entre chien et loup, sans couvrir le trait de Marquez. On sent qu'il y a eu un gros travail de préparation en amont entre chaque membre de l'équipe créative.

Très efficace. Vivement la suite !

(Par ailleurs, et c'est un motif de satisfaction supplémentaire, Marvel a eu la bonne idée de ne pas parasiter Defenders avec cette connerie sidérale de Secret Empire. Bendis a-t-il négocié cela pour démarrer tranquillement ce titre ? Et peut-être signifier son opinion envers cet event ? En tout cas, ça prouve que les séries les plus agréables à lire sont celles qui ne dépendent pas de ces grosses sagas, quand bien même ses personnages y figurent au milieu d'une foule d'autres...)

Après avoir reçu un avertissement du Punisher, Daredevil, Iron Fist et Jessica Jones rejoignent Luke Cage chez la Night Nurse et, avec pas de monde en ville, font le point sur le retour et les objectifs de Diamondback (auquel Black Cat vient d'oser tourner le dos). Comment, déjà, peut-il être revenu des morts ? Mais surtout il faut gérer Frank Castle qui, lui, veut surtout s'assurer que le prétendant au titre de nouveau Caïd de New York retourne en enfer...
 
 
 

Le récit de Brian Bendis continue à se développer sur un rythme soutenu, son aisance à animer ces personnages et à développer cette intrigue, en maintenant quelques interrogations, et en dosant les guests, en fait une série très plaisante. La dialoguiste revient de manière plus appuyé, mais la séquence principale (où les Defenders - et d'autres acteurs - cogitent sur les tenants et aboutissants) prouve surtout que le scénariste a bien révisé les antécédents de Luke Cage et Diamondback.

Et, une fois encore, l'épisode se conclut sur une image choc (qui est aussi un hommage à une célèbre scène de Batman...), qui renforce à la fois la dangerosité du méchant mais surtout donne envie de vite découvrir la suite.

David Marquez s'illustre avec moins de plages d'action mais sa gestion des séquences d'échanges est très astucieuse et simple (l'usage de gaufriers). Il n'use que d'une double-page (à la mise en scène diaboliquement fluide). S'il maîtrise tout le casting, sa manière de représenter Iron Fist (même dans ce costume que je n'aime pas) est remarquable.

Je vais me répéter, mais, même si vous n'êtes pas client de Bendis, essayez ses Defenders : ça envoie du bois !

THE QUESTION, de Rick Veitch et Tommy Lee Edwards


Je continue dans la série de héros déglingos animés par une équipe artistique d'exception avec la mini de 2005, écrite par Rick Veitch et dessinée par Tommy Lee EdwardsThe Question : Devil's in the details.

Imaginé par Steve Ditko après son départ de chez Marvel pour Charlton Comics à la fin des 60's, le personnage de Vic Sage est devenu célèbre par sa réinterprétation radicale par Alan Moore qui s'en est servi comme modèle pour Rorschach dans Watchmen. Journaliste grande gueule parti à la recherche d'une peau synthétique, le héros est ensuite devenu un justicier sans visage.

Denny O'Neill et Denys Cowan ont ensuite redéfini le personnage (citant d'ailleurs le Rorschach de Moore dans un épisode). Puis Vic Sage a trouvé la mort dans l'excellente maxi-série hebdo 52 où la flic Renee Montoya a pris sa succession.

Entretemps, donc, le vigilant a beaucoup changé depuis Ditko et la mini-série de Veitch et Edwards illustrent cette mutation dans une intrigue aussi hallucinée qu'hallucinante. 

Grosso modo, il est question de la construction d'une immense tour à Metropolis, financée par Lex Luthor, dont l'édification sert évidemment un plan chelou tandis que Superman sera occupé ailleurs. 
Vic Sage arrive en ville, depuis Chicago, après avoir remonté cette piste dans un affrontement contre un de ses adversaires, Psychopomp, qui est complice des malfrats de Metropolis. Superman tolère mal l'interventionnisme musclé de the Question sans savoir que Vic Sage a étudié le journalisme dans la même école que Lois Lane (qui cache - mal - à Jimmy Olsen avoir eu le beguin pour son charismatique camarade)...

Bon, il faut s'accrocher au pinceau car Veitch au scénar retire rapidement l'échelle et nous offre un vrai trip qui n'emprunte guère au mode super-héros traditionnel. Mais, pour peu qu'on se prête au jeu, le résultat vaut le détour.

The Question est ici envisagé sous un éclairage shamanique qui communie avec les villes, attend que la cité lui parle, le guide où se niche le crime. L'action est rare, on assiste à une déambulation envoûtante, traversée d'éclairs de violence (Vic Sage se débarrasse presto de ses adversaires et n'hésite pas à les couler dans le béton tout frais du building en construction!). 

De la même manière, les agissements du gang des "subterraneans" de Metropolis pour récupérer de la drogue et de l'argent via les conduites des sanitaires (!), l'architecture du gratte-ciel selon les principes du Feng-shui, et l'opposition philosophique entre Superman (qui ne fait que passer) et the Question procèdent d'un parti-pris détonant où Veitch ironise tout en soulignant le mysticisme du héros.

C'est assez équivoque donc. The Question monologue en permanence (sans que ça n'alourdisse la narration d'ailleurs : plus qu'un monologue, c'est comme un échange de réflexions avec le lecteur qui est mis à contribution dans l'enquête), il demande à Chicago puis Metropolis (puis plusieurs autres villes) de lui parler, de le guider.

Par ailleurs, il se vante franchement d'être un reporter réputé, pugnace, mais évite sans cesse Lois Lane (pour mieux la surveiller à l'occasion, avec un regard presque amoureux, c'est évident) et écarte tous les importuns qui le reconnaissent.

Donc, oui, la santé mentale de Sage est sujette à caution. Est-il vraiment sain d'esprit mais capable d'évoluer dans "deux mondes" (comme c'est plusieurs fois répété) ? Ou est-il complètement barjo, limite défoncé (comme le suggèrent ses visions - il est capable aussi bien de reconstituer visuellement un meurtre comme on rembobine un film, ou de percevoir les flux d'énergie mystique - et ses méthodes d'action radicales - un échange savoureux à la fin a lieu entre lui et Superman qui lui demande ce qu'il a fait des "subterraneans" et il répond à Superman qu'en vérité il ne veut pas le savoir...).

On est pas loin du procédé employé par Lemire dans Moon Knight avec le discours sur la perception d'un héros borderline.
C'est aussi la manière de faire de Mark Waid (sur Daredevil ou Black Widow, avec Samnee) : réduire au minimum le supporting cast pour entrer dans la tête du héros et inviter le lecteur à s'interroger à son sujet.

Mais le voyage vaut surtout pour l'extraordinaire apport graphique de Tommy Lee Edwards : cet artiste qui adore mixer les techniques s'en donne à coeur joie ici. Certaines images piquent franchement les yeux (la façon dont the Question "voit" Superman), d'autres sidèrent, parfois il vise l'épure maximum (the Question réduit à une silhouette noire sur fond jaune, ou alors une scène en "caméra objective"), il s'amuse avec les symboles (tout est signe dans une ville : les graffitis, les failles sur le sol...).
On peut regretter parfois que Edwards souligne davantage l'effet à la lisibilité, mais au moins il va au bout de ses idées et colle au délire de Veitch. Si vous appréciez les expériences, y a de quoi faire !

J'ignore la situation du personnage dans le DC Rebirth : est-ce toujours Montoya derrière le masque - ce qui augurerait peut-être de nouvelles aventures ponctuelles avec Kate Kane/Batwoman ? Ou, Ted Kord étant revenu, Vic Sage ressuscitera-t-il lui aussi (même si Morrison a revisité génialement les héros Charlton de Ditko dans l'épisode Pax Americana de Multiversity) ? En tout, the Question mérite d'être exploitée à nouveau.