vendredi 22 septembre 2017

ROCK'N'ROLL, de Guillaume Canet


Je n'aime pas Guillaume Canet. Je suis d'abord un peu jaloux qu'il soit le compagnon de Marion Cotillard. Mais surtout, blague à part, je ne comprends pas sa bonne côte dans le cinéma français actuel alors qu'il est un acteur dénué de charisme, au talent minimal, et un réalisateur surestimé.

Mais il a "la carte" (dixit la formule de Jean-Pierre Marielle pour désigner celui qui a les faveurs de la profession, quels que soient ses succès ou ses qualités). Alors quand Canet clame qu'il part en live dans son dernier film, pour casser son image trop lisse et aussi pour critiquer notre société obsédée par l'image que les célébrités renvoient, je suis curieux et je décide de regarder ce que vaut son dernier film : Rock'n'Roll. Mais le contenu tient-il la promesse de son titre ? 

 Marion Cotillard et Guillaume Canet

Guillaume Canet a 43 ans et tout pour lui : il collectionne les succès au box office, partage la vie de la comédienne française la plus connue dans le monde, et tourne dans le premier film de son meilleur ami, Philippe Lefebvre.

Camille Rowe et Guillaume Canet

Pourtant, lors d'une interview, une innocente remarque de la journaliste relayée par sa partenaire à l'écran, Camille Rowe, le plonge dans un doute abyssal : il est considéré comme un acteur vieillissant, à l'image trop sage, éclipsé par la notoriété de sa femme. 

Alain Attal et Philippe Lefebvre

Tout ça le tourmente beaucoup et rapidement au point qu'il rend le tournage infernal, se met à sortir et à abuser de l'alcool et de la drogue, à négliger sa petite famille... Pour prouver à qui en doute qu'il est encore "rock'n'roll", jeune, dynamique, capable d'étonner n'importe qui.

Une simple crise de la quarantaine ?

Son entourage personnel et professionnel fait d'abord le dos rond et pense qu'il ne s'agit que d'une crise passagère, mais Canet déconne de plus en plus jusqu'à l'irréparable - et malgré les conseils avisés du rockeur en chef, Johnny Hallyday...

Guillaume Canet et Johnny Hallyday

Bientôt il se laisse entraîner dans une spirale délirante par un pseudo-chirurgien esthétique et un coach sportif. Mais si son image change radicalement, sa réputation est dévastée, sa vie conjugale balayée... Convaincu de la justesse de ses choix malgré l'opprobre générale, Guillaume Canet prend un aller simple pour le grand n'importe quoi - au point d'y entraîner celle qui l'aime encore ?

On ne peut nier à l'acteur-scénariste-réalisateur un réel culot pour s'être lancé dans une telle entreprise, même s'il faut en relativiser l'originalité puisque l'argument rappelle fortement l'intrigue, plus tordue encore (quoique aussi inaboutie), de Grosse Fatigue (Michel Blanc, 1994). Déjà les acteurs y jouaient leurs propres rôles, ou du moins eux-mêmes tels que le cinéaste pensait que le public les voyait, et s'interrogeait sur ce regard (Blanc inscrivait son histoire dans une série noire où son sosie salissait sa réputation) sur le ton de la comédie.

Mais la différence entre Michel Blanc et Guillaume Canet tient d'abord à deux éléments : d'abord, Blanc n'éprouvait pas de malaise quand à l'image qu'il renvoyait, il subissait ce que son sosie en faisait (notamment en ayant un comportement inconvenant en société, et les femmes en particulier, mais aussi en abusant de quelques avantages permis par la notoriété) ; et ensuite Grosse fatigue développait son postulat dans une trame policière (trouver et arrêter le sosie, puis tenter de faire comprendre à tous que le vrai Michel Blanc n'avait rien fait d'affreux). Canet produit, lui, un récit beaucoup plus (trop) autocentré et sans le structurer dans un genre (si ce n'est une comédie très inégale, avant de sombrer dans la grosse farce à la fin - ce qui détruit toute l'entreprise de démolition pseudo-réaliste du début).

En vérité, non, Rock'n'Roll n'est pas très rock, ou pas suffisamment. Il ne va pas assez loin, ou alors trop loin mais dans la mauvaise direction : ce qui aurait pu (dû ?) être un jeu de miroir déformant troublant, dérangeant, assortie d'une réflexion aiguisée sur la "société du spectacle" finit par être une "potacherie" sur Guillaume Canet, un homme et un acteur pas assez important, profond, pour mériter d'être ainsi déconstruit.

Dans une scène du film, lors du deuxième acte (après la crise, mais avant l'aller sans retour vers le délire faussement trash), Canet se trouve dans le bureau d'Yvan et Alain Attal, producteurs du film qu'il tourne sous la direction de Philippe Lefebvre : il tente de les calmer face au sabotage qu'il inflige au tournage en évoquant son prochain long métrage de réalisateur. Ses interlocuteurs soutiennent l'idée d'un docu-fiction sur Marion Cotillard mais lui, en prétendant que sa compagne l'encourage, pense qu'il ferait un meilleur sujet.

Canet donne lui-même, peut-être sans s'en rendre vraiment compte, la clé de ce qui ne fonctionne pas dans son Rock'n'Roll et qui provoquent aussitôt la rage de ses producteurs : sa crise, sa personnalité, son personnage ne sont effectivement pas assez intéressants, et cela même sans le comparer à celui de sa célèbre compagne. Le film souffre des mêmes manques que son sujet et son héros.

Le sujet se veut une charge féroce et pleine d'esprit contre le narcissisme des vedettes mais aussi de la manière dont les médias s'intéressent à elles, moins comme artistes que comme people. Or, cela, le film ne fait que l'effleurer, préférant montrer les âneries pathétiques de vrai-faux (ou faux-vrai) Guillaume Canet pour rester jeune, en forme, et en même temps subversif, transgressif, bref dans le coup, dans le vent. Mais être dans le vent, tout le monde le sait (sauf Canet apparemment), c'est du vent et le film devient aussi venteux.

Le héros manque de recul au point qu'une banale remarque - exprimée par une journaliste quelconque et une jeune actrice inexpérimentée qui le charrie un peu sur son âge et ses copains - suffit à le vexer. Difficile, pour ne pas dire impossible, de croire ensuite que ce prétexte suffit à bouleverser autant le personnage, à le faire aller aussi loin. Pour sinon compatir, du moins accepter de croire à ce qu'il traverse, il aurait fallu davantage que ça. Mais si la mission était de se montrer comme un pauvre con, vertigineusement idiot, alors là, parfait, mais cela mérite-t-il d'y consacrer plus de 120 minutes ?

Les deux éléments (sujet pas assez fouillé, héros plus bête que vraiment dubitatif) sont liés et expliquent tout ce qui font boiter le film : je ne dis pas que ce n'est pas drôle, car quelques gags sont réussis, il y a des envolées loufoques vraiment épatantes (Marion Cotillard transformée en Céline Dion quand elle est convaincue d'avoir "attrapé" son rôle dans le Xavier Dolan qu'elle prépare - il faut d'ailleurs souligner que la comédienne est réellement époustouflante de drôlerie décomplexée dans le film, faisant preuve d'auto-dérision en équilibre parfait entre sur-jeu et émotion contenue), mais, mais, mais que c'est mal foutu quand même.

Le premier acte est inutilement long, insistant déraisonnablement sur le caprice du héros, comme si Canet acteur et cinéaste hésitait à vraiment partir en sucette. Conséquence : une fois le twist révélé et l'acte II entamé, on s'étonne que le délire du personnage impacte aussi mollement son entourage et contamine si peu le film lui-même. Durant la promo et dans les bandes-annonces, on promettait une surprise renversante et audacieuse alors qu'en vérité, on est loin du trash de n'importe quelle émission de témoignage genre Chacun son choix.

Dès lors, on est loin de l'intention initiale, sans doute plus inspirée mais aussi plus risquée, de Canet (voir "Première" n°475) qui voulait appeler son long métrage Un Homme en colère, conçu avec un petit budget et caméra à l'épaule, façon faux docu - trop "aigri" selon l'auteur, mais certainement moins tiède que le produit actuel. C'est ce qui s'appelle avoir peur de soi-même tout en aimant se regarder déconner gentiment au lieu de dénoncer vraiment l'égocentrisme (des acteurs mais aussi des gens avec la manie des selfies, l'envie d'être célèbre même sans talent, etc). On a plutôt droit à un film pour happy few où les guests défilent sans être bien exploités (voir la scène avec Johnny : le chanteur y est très convaincant en caricature de lui-même, mais le dialogue qu'il échange avec Canet est d'une platitude moraliste consternante - "le rock'n'roll, c'est dépassé").

Jamais, c'est un comble, ce qu'on nous raconte là ne fait vrai et donc tout le dispositif sonne creux, la démonstration est vaine. Il aurait fallu oser être vraiment ridicule, méchant, grotesque, comme à la grande époque des comédies italiennes, pour transformer un sujet passionnant comme celui-ci en ce dont rêvait Canet. Mais ce dernier n'a ni le cynisme ni la puissance satirique, peut-être même pas le culot, pour déranger, interpeller le public comme il le prétend. A moins d'être décoiffé par le spectacle d'un type pour qui oser aimer écouter Demis Roussos ou péter au lit (entre autres audaces), Rock'n'Roll a tout du ballon de baudruche. Même en n'appréciant pas Canet au départ, difficile d'être indulgent de toute manière devant pareille frilosité.

VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU, de Woody Allen


Cette année, exceptionnellement, on ne verra pas de nouveau film de Woody Allen en France (le distributeur de son 47 long métrage, Wonder Wheel, ayant choisi de le sortir en Janvier 2018). Alors saisissons l'occasion pour revoir quelques-uns de ses anciens opus. Comme ce Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, datant de 2010, et dont j'avais gardé un souvenir mitigé (même si son pire film de la décennie en cours reste To Rome with love, 2012). Vérifions si le temps a bonifié cette oeuvre... Ou a confirmé cette déception.

 Crystal et Helena (Pauline Collins et Gemma Jones)

Lorsque son mari Alfie lui annonce qu'il souhaite divorcer à soixante ans passés, Helena s'en remet aux conseils d'une voyante, la bien-nommée Crystal, pour savoir de quoi son avenir sera fait - et les nouvelles sont bonnes puisqu'elle apprend qu'elle finira par rencontrer "un bel et sombre inconnu".

Alfie et sa fille Sally (Anthony  Hopkins et Naomi Watts)

Alfie, lui, s'emploie à rattraper le temps perdu en se (re)mettant au sport et à chercher une nouvelle compagne, si possible plus jeune que lui. La situation émeut sa fille Sally dont le couple avec Roy, un écrivain en panne d'inspiration, traverse une énième crise.

Roy et Dia (Josh Brolin et Freida Pinto)

C'est que Roy a remarqué une ravissante guitariste qui vient d'emménager dans un appartement en face du leur et la drague sans complexe, quand Sally n'est pas là. Ce badinage devient plus sérieux très vite, même si notre homme s'inquiète de n'avoir toujours pas de retour positif de son éditeur à propos de son dernier manuscrit. 

Greg et Sally (Antonio Banderas et Naomi Watts)

Sally, elle aussi, a la tête qui tourne car, assistante d'un célèbre galeriste, le séduisant Greg, elle se demande s'il n'est pas attiré par elle après l'avoir invitée à l'opéra parce que son épouse s'est désistée. Par ailleurs, il loue son coup d'oeil quand il s'agit de lui présenter des artistes prometteurs.

Iris et Sally (Anna Friel et Naomi Watts)

Et c'est justement là que le bât blesse car Greg, loin d'être épris de Sally, prend pour maîtresse une de ses amies peintres, Iris, comme le lui avoue cette dernière. Dévastée, Sally accepte l'offre d'une collègue d'ouvrir sa propre galerie mais doit, pour cela, trouver l'argent pour une mise de fonds. 

Charmaine (Lucy Punch)

Et ce n'est pas Alfie, son père, qui pourra l'aider : désormais en couple avec une ancienne actrice de séries Z et escort-girl, Charmaine, il s'est sérieusement endetté à force de la gâter alors qu'elle le trompe avec leur prof de gym. Lorsqu'elle annonce qu'elle est enceinte, elle jure qu'Alfie est le père mais celui-ci exige qu'à la naissance de l'enfant un test de paternité soit réalisé.

Sally et sa mère Helena (Naomi Watts et Gemma Jones)

Sally, qui s'est séparée de Roy, excédé par ses frustrations littéraires, s'en remet à sa mère mais Helena refuse de lui prêter l'argent dont elle a besoin car Crystal le lui a déconseillé. Bien que sa fille la mette en garde contre l'influence grandissante de la voyante, il est trop tard pour la faire changer d'avis. Et pour cause...

Helena et Jonathan (Gemma Jones et Roger Ashton-Griffiths)

La prédiction initiale de Crystal s'est vérifiée : Helena a rencontré son "bel et sombre inconnu" en la personne de Jonathan, un libraire veuf aussi versé qu'elle dans l'occultisme et que l'esprit de feu son épouse a autorisé à refaire sa vie en couple !

Si You will meet a tall dark stranger me semble toujours un peu moins bon que les autres récents films de Woody Allen (comparé à des merveilles comme Minuit à Paris, Blue Jasmine, Magic in the moonlight, L'Homme irrationnel et Café Society), cette nouvelle vision a tempéré ma première mauvaise impression.

Ici, le cinéaste new-yorkais, qui tournait à nouveau à Londres (après Match Point et Scoop) signe son film le plus vachard : tel un marionnettiste cruel, il agite ses personnages comme des pantins. Chacun approche, effleure le bonheur qui se dérobe in fine comme du sable entre leurs doigts : Sally tombe amoureuse de Greg qui trouve le bonheur dans les bras d'une peintre qu'elle lui a présenté, Roy s'entiche de Dia qui rompt ses fiançailles puis il angoisse à l'idée que l'ami écrivain dont il a volé le manuscrit se réveille du coma, Alfie s'entiche d'une jeune femme frivole qui tombe enceinte sans savoir s'il est le père de son futur bébé...

Citant Shakespeare - "la vie n'est qu'un jeu plein de bruit et de fureur sans aucun sens" - , Allen a rarement été aussi mordant et impitoyable : le mépris que lui inspire ce groupe de petits bourgeois névrosés, victimes de leur vanité, a rarement été aussi manifeste et il ne leur épargne aucune déconvenue, aucune humiliation. A la fin, personne ne sort indemne en philosophant de manière fataliste sur les mauvais tours du destin, comme dans Whatever works.

Ce sadisme peut surprendre de la part d'un auteur qui, sans être toujours bienveillant, a toujours su conserver une ironie plutôt bienveillante, en tout cas amusante, alors que, là, il renvoie chacun à ses égoïsmes après avoir fait dire à Roy que "les illusions agissent parfois mieux que les remèdes" (une saillie adressée à sa belle-mère). Effectivement, pendant un temps, Sally, Roy, Alfie pensent vraiment que se bercer d'illusions pansent leur mal de vivre, leurs frustrations, puis progressivement la réalité leur revient en pleine figure et les laissent K.O. : Sally mesure sa naïveté d'avoir cru que son patron pouvait l'aimer, Roy s'inquiète que son imposture littéraire soit révélée et Alfie ne peut que constater le désastre de son changement de vie quand il n'a plus un sou en poche. Terriblement cruel, cette fable présente une addition salée pour ses protagonistes.

Porté une fois de plus par une distribution éblouissante (Anthony Hopkins, Naomi Watts, Josh Brolin dominent la troupe dans laquelle Antonio Banderas et Freida Pinto se contentent de seconds rôles et où Lucy Punch compose un personnage de bimbo irrésistible), c'est finalement la crédule mais fervente croyante Helena (à laquelle Gemma Jones donne une fébrilité à la fois pathétique et touchante) qui trouvera son bonheur : peut-être est-elle abusée par une voyante mais elle sera sincèrement aimée à nouveau par un "bel et sombre inconnu", même s'il n'a rien d'un hidalgo ténébreux et tout d'un charmant toqué.

On quitte cette histoire à la fois en compatissant pour ses héros et en même temps en ayant anticipé leur chute spectaculaire : le malaise qui subsiste, et qui explique qu'on puisse être décontenancé par le film, implacable, préfigure le chef d'oeuvre de la dégringolade conjugale et sociale que signera trois ans plus tard Woody Allen avec Blue Jasmine. Une preuve de plus que sa filmographie est ouvragée comme celle d'un artisan qui en perfectionne les motifs.

jeudi 21 septembre 2017

WOLVERINE #1-6, de Chris Claremont, John Buscema et Al Williamson


Reprenons le fil du volumineux Marvel Epic Collection : Wolverine. Après vous avoir touché un mot des mini-épisodes parus initialement dans Marvel Comics Presents Wolverine, le mutant griffu gagna rapidement en 1989 son propre mensuel, toujours écrit par Chris Claremont et dessiné par John Buscema, avec en prime Al Williamson comme encreur.

Examinons les 6 premiers épisodes réalisés par ce trio, qui sont composés de deux arcs de trois numéros chacun, et qui prolongent les aventures de Wolverine à Madripoor. Pour rappel, Logan (comme ses amis X-Men) est toujours considéré comme mort (l'équipe s'est retirée en Australie après le crossover Fall of the Mutants) et, bien que sa physionomie ne passe normalement pas inaperçu (avec notamment sa fameuse chevelure), il évolue dans cette principauté asiatique sous le pseudo de "Patch" (parce qu'il porte, en civil, un bandeau sur son oeil gauche)...
  

Wolverine arrive trop tard sur les lieux d'un crash aérien mais les survivants, parmi lesquels se trouvent une partie du personnel naviguant et son amo Kojima Noburo, sont aux mains de pirates. Après leur avoir réglé leur compte, Logan promet à Nobura, mourant, de retrouver l'épée noire de Muramasa.

 

Cette arme qui est à la fois sacrée et maudite, car la légende raconte qu'elle prend possession de celui qui la brandit et en fait un guerrier sanguinaire, est évidemment convoitée par d'autres. Lindsay McCabe et Jessica Drew (la première Spider-Woman, qui, à cette époque, s'est retirée de la communauté des super-héros car elle a perdu presque tous ses pouvoirs) enquêtent au sujet de l'épée et s'attirent vite des problèmes. Même si Wolverine veille discrètement sur elles, il arrive trop tard pour empêcher Jessica d'être instrumentalisée par l'arme et doit en plus affronter le Samouraï d'argent...


En désarmant Jessica, Wolverine est à son tour sous l'emprise de l'épée et il s'enfuit en prenant Jessica en otage afin de la sacrifier en présence des membres de la secte vouant un culte à l'instrument. Lindsay fait alliance avec le Samouraï d'argent et appelle O'Donnell, le patron du "Princess Bar", en renfort. Arriveront-ils tous les trois à ce que Logan épargne Jessica ?

Chris Claremont mène son récit à toute allure : il poursuit dans la veine qu'il exploitait dans le bimensuel Marvel Comics presents même si le format des épisodes est passé de huit à une vingtaine de pages. Les éléments du folklore super-héroïque sont pratiquement tous gommés : Wolverine porte une simple tenue noire et un vague masque (qui évoque plutôt un trait sommaire de camouflage sur les yeux), pas de super-vilain non plus (le Samouraï d'argent se range du côté des gentils ici). La manifestation des super-pouvoirs est réduite au possible (Jessica Drew grimpe aux immeubles comme Spider-Man mais sans exécuter d'acrobaties insensées, Wolverine sort les griffes en dernier recours).

Ainsi épuré, le récit gagne en intemporalité et peut même presque se lire comme l'équivalent d'un What if...? ou des Elseworlds (chez DC Comics), des versions alternatives des histoires inscrites dans la continuité ou déplaçant des personnages emblématiques dans des lieux et des époques décalés. Si l'action est percutante et spectaculaire, l'exotisme du cadre et le sens de l'aventure priment donc sur les codes habituels. C'est, encore 28 ans après, très rafraîchissant à lire.

L'argument - une épée magique mais maléfique, que seul un guerrier aguerri peut dompter - fait évidemment penser à ce qu'on lisait dans les pages de Conan, et c'est bien entendu ce qui plaisait le plus à John Buscema. Il s'en donne à coeur joie pour représenter Wolverine comme un loner à la fois rusé, hargneux, taraudé par sa violence, et la simplicité de son découpage traduit à merveille le nerf tendu de l'intrigue, à la fois extravagant et élémentaire. Dans cette narration, on ne croise que des mâles outrageusement virils, revenus de tout, et de splendides femmes, conquérantes, téméraires, qui n'ont rien envier aux héros masculins.

Mais la plus-value graphique vient de l'encrage d'Al Williamson : comme avec John Romita Jr sur Daredevil, il sublime les dessins de Buscema avec son trait de plume fin, d'une élégance folle. Il y a des pages renversantes, comme celle où Wolverine, possédé, se tient sur le toit en feu du bar où il a récupéré l'épée, tenant dans ses bras Jessica Drew inconsciente. Sans vouloir déprécier le travail de Klaus Janson sur les épisodes de Marvel Comics presents, l'apport de Williamson élève cette BD à un niveau supérieur, plus fin, plus racé, et s'impose comme un des meilleurs "embellisseurs" de Buscema car, ayant lui-même été un grand dessinateur, il est à même de peaufiner les crayonnés de son partenaire (qui ne les poussait pas toujours beaucoup).

Passons au deuxième acte.


De manière prévisible, après l'accession de Jessan Hoan sur le trône de nouvelle maîtresse de Madripoor downtown (après la chute de Roche dans Marvel Comics presents), un nouveau prétendant se présente pour prendre sa place et restaurer les trafics divers de la principauté.


Pas de quoi impressionner l'orgueilleuse "Tyger" qui peut compter sur Wolverine, son ange gardien. Mais son rival n'est pas le premier venu, il s'agit du colonel Coy, richissime affairiste et père de Shan Coy Manh (alias Karma, ex-membre des Nouveaux Mutants). Il peut compter sur deux hommes de mains particulièrement redoutables, deux mutants, le vampire Bloodsport et le colosse Roughouse, pour s'imposer.


Wolverine s'interpose avec les renforts de Jessica Drew et Lindsay McCabe, pourtant réticentes au début à l'idée d'aider une reine du crime organisé. Mais la clé du succès pour neutraliser le colonel Coy et ses sbires reste sa fille, déchirée entre son amour pour son père (même si elle désapprouve ses projets criminels) et ses convictions d'héroïne...

Si le premier arc était divertissant et efficace, le suivant est un cran au-dessus grâce à la présence d'un vrai méchant et d'une intrigue, certes peu complexe, mais plus dense. L'argument est tout trouvé et prolonge celui qui traversait les épisodes de Marvel Comics presents avec la saga Save the Tiger : on est plongé dans une guerre pour le trône du crimelord de Madripoor downtown.

Claremont réintroduit donc Jessan Hoan alias "Tyger" et sa première apparition est digne de celle de Dragonlady dans Terry et les pirates de Milton Caniff, moulée dans une robe dorée inoubliable. Il y a d'ailleurs beaucoup de (très belles) femmes dans cette histoire puisqu'on retrouve aussi Jessica Drew, Lindsay McCabe, et que l'ex-Karma des Nouveaux Mutants a un rôle déterminant. Ce sont toutes des combattantes, aux caractères bien trempées, et non des potiches.

Comme pour appuyer cette singularité, les adversaires de Wolverine sont vraiment coriaces : Bloodsport, capable de saper l'énergie vitale une fois qu'il a griffé ou marqué de son empreinte quelqu'un, et Roughouse, dont la force est ici comparée à celle de Hulk (pas moins), valent au mutant de sérieuses roustes au cours desquelles il est défenestré, passe à travers des murs épais, manque de se noyer. Comme il évite, toujours pour éviter qu'on ne le reconnaisse, au maximum d'utiliser ses griffes, il a fort à faire pour ne pas être défait.

John Buscema dispose donc d'un matériau digne de son immense talent : la brutalité des affrontements lui permet de déployer toute son énergie, et celle-ci est d'autant plus communicative qu'elle est mise en scène dans un découpage toujours aussi basique. Le maître n'a pas besoin de doubles pages et n'utilise que des splashs que pour démarrer l'épisode, mais quel punch ! Et Williamson ajoute de superbes fonds, utilisant des hachures, dosant les à-plats de noir, soulignant les contrastes : magnifique ! Hélas ! l'encreur laissera sa place ensuite, remplacé par Bill Sienkiewicz (qui déméritera pas, mais dont le style offre un mélange curieux avec celui de Buscema)...

Quoiqu'il en soit, voilà une lecture jubilatoire, qui fut traduite en son temps dans la collection "version intégrale" chez Semic, puis en recueils chez Panini. Pour les "vo-istes", ils sont aussi disponibles (pour les 5 premiers dans l'album Wolverine Classic vol. 1). 

mercredi 20 septembre 2017

EXCALIBUR VISIONARIES VOLUME 1 (#42-50), d'Alan Davis


Après avoir évoqué la saga The Cross-Time Caper, écrite par Chris Claremont, dont ce furent les derniers épisodes sur la série qu'il co-créa, plongeons à présent dans le run réalisé seul par Alan Davis. Scénariste et dessinateur du titre, le britannique fut sollicité pour en reprendre les rênes par l'editor Terry Kavanagh qui constatait avec dépit la chute des ventes, due au mécontentement des fans. Il lui accorda donc carte blanche, mais Davis savait que la réussite de la mission passait d'abord par quelques l'obligation de répondre à des questions laissées en suspens par Claremont... Tout en inscrivant son projet dans un récit palpitant. Il y accordera 8 épisodes (dont le dernier, 50ème de la série, est un numéro double), collectés dans le recueil Excalibur visionaries vol. 1 (premier des trois tomes rassemblant la totalité des chapitres de Davis).


Tout commence par une nouvelle attaque de Gatecrasher et ses Technets, frustrés que Opal-Luna Saturnyne ait levé le contrat sur la tête de Phoenix/Rachel Grey-Summers, contre Excalibur, au repos dans leur phare... 

Mais la bagarre est rapidement interrompue par Horatio Cringebottom, du ministère des transports trans-temporels, et Bert, mécanicien, qui pratiquement une correction rapide sur Widget pour éviter qu'il ne provoque de nouveaux transferts entre les dimensions à l'équipe.


Les Technets se mutinent ensuite contre Gatecrasher, qui s'éclipse. Nightcrawler invite les mercenaires à habiter dans le phare d'Excalibur contre le promesse de ses tenir tranquille dorénavant. Cependant, sur I'Thère, Kylûn, un guerrier, affronte les hordes de Necrom qui prétend agit au nom d'Excalibur.
  

En proie à une nouvelle crise de jalousie, et excédé par la présence envahissante des Technets, Captain Britain s'en prend violemment à Nightcrawler, au point de lui casser une jambe - ce qui lui vaut d'être arrêté par la police omniverselle. Son procès a lieu dans la foulée à Hors-Le Monde et il est condamné à mort !


Sur I'Thère, Kylûn libère la princesse Sat'Nine et affronte à ses côtés Necrom, qui exécute la jeune femme avant de prendre la fuite par un portail dimensionnel. Le guerrier le poursuit et surgit... Dans le phare d'Excalibur où Nightcrawler réussit à la calmer et écoute son histoire : sauvé sept ans (en années terriennes) par Widget des sbires de la Renarde, il comprend que Necrom s'est joué de lui en revendiquant ses actes au nom de l'équipe de héros.


Sans nouvelles de Captain Britain, Rachel propose à Meggan de l'accompagner sur les lieux de son enfance afin d'en apprendre davantage sur ses pouvoirs et leur source. Peu après Alistaire Stuart du W.H.O. (Weird Happenings Organization) débarque au phare mais, Rachel étant déjà partie, Kitty Pryde en profite pour l'entraîner dans une escapade romantique. 


Nightcrawler teste les Technets lors d'une enquête menée par le W.H.O. sur des vols de reliques sacrées, au cour de laquelle ils rencontrent leurs concurrents du F.I. 6 et leur super-agent, le mutant Micromax.


Acquitté in extremis par Opal-Luna Saturnyne, Captain Britain décide de profiter de son séjour à Hors-Le-Monde pour s'instruire sur la police omniverselle et son rôle en son sein. Il devine, grâce à un collègue, que, comme protecteur de la Terre 616 et membre d'Excalibur, rien n'a été le fruit du hasard. Mais pour en savoir plus, faute de parler à Merlin (mort), il doit s'entretenir avec sa fille, Roma.


Pendant ce temps, dans les Alpes françaises, Rachel et Meggan découvrent leurs points communs (une enfance traumatisante, des souvenirs confus, des pouvoirs immenses difficiles à contrôler) et retrouvent Neurus, agonisant, qui permet à Meggan de se rappeler d'où elle vient et qui elle est vraiment.


Au phare, Cerise, guerrière (du Ghrand Shar du Généclan de Subruki, Zartok et Kuli Kâ) égarée en traversant l'espace-temps, surgit et s'associe à la troupe dirigée (tant bien que mal) par Nightcrawler. A Hors-Le-Monde, Captain Britain est reçu par Roma qui lui explique que, suite à la mort de Merlin, elle a comploté pour provoquer la création d'Excalibur, ce qu'elle justifie en montrant la tournure (dramatique) qu'auraient prises les choses sans cela. Mais la finalité de tout cela demeure mystérieuse depuis la disparition de Merlin...


Entre temps Opal-Luna Saturnyne a envoyé un groupe pour récupérer les Technets et prévenir Nightcrawler que d'ici peu la Terre sera détruite (sans plus d'explications). Sur ces entrefaites, Captain Britain, Rachel et Meggan reviennent au phare et font la connaissance de Kylûn et Cerise mais aussi apprennent ce qui attend la planète.


Ils n'ont pas le temps de digérer la nouvelle que Kitty Pryde les contacte depuis un site archéologique en Irlande où les scientifiques du W.H.O. supervisés par Alistaire Stuart viennent de faire une étonnante découverte. Non loin de là, un jeune moine, Feron, quitte les prêtres qui l'ont formé pour devenir l'hôte de la force du Phénix.


Arrivée en Irlande avec ses amis, Rachel découvre dans une crypte la force de l'Anti-Phénix qui provoque la métamorphose de Widget avant d'être attirée jusqu'à Londres où Necrom l'absorbe. A l'aube du duel lancé par ce dernier contre Rachel, Merlin resurgit à Hors-Le-Monde et, devant Opal-Luna Saturnyne et Roma sidérées, augmente la puissance de son champion, Captain Britain.


Sous l'influence de Necrom, dont la puissance est décuplée par l'énergie de l'Anti-Phénix, la réalité s'altère autour des membres d'Excalibur, sa cible. Pour y faire face, Kitty, Meggan, Nightcrawler fusionnent avec Captain Britain qui traverse alors les dimensions entre toutes les terres parallèles pour protéger l'Omnivers. 


Kylûn protège Widget et Cerise les agents du W.H.O., tandis qu'à Hors-Le-Monde Merlin explique enfin à Roma et Opal-Luna Saturnyne comment, jadis, lui, le premier Feron et Necrom invoquèrent la force du Phénix. Mais Necrom les trahit en attaquant Feron pour tenter de s'emparer de cette énergie que son hôte préféra libérer dans l'espace.


Merlin s'éclipsa pour créer Hors-Le-Monde et créer le corps des Captain Britain. Feron se retira pour fonder un ordre qui formerait son successeur quand le Phénix reviendrait sur la Terre 616. Et Necrom se cacha sur I'Thère en attendant l'heure de sa revanche... Qui a désormais sonné !


Bien qu'en agissant ainsi elle sacrifie ses souvenirs, Rachel accepte de répondre au défi de Necrom en libérant la puissance du Phénix dont elle est l'hôtesse. Leur combat, spectaculaire, se déplace dans l'espace jusqu'à la mort de Necrom.


Rachel, dans le coma, est récupérée par ses amis tandis que Merlin se satisfait de cette victoire. Néanmoins, Meggan sape l'énergie de Captain Britain pour détruire le phare - et, par là même, tous les autres sur les terres parallèles, qui faisaient office de tours de contrôle. Roma empêche son père de châtier la jeune femme et téléporte l'équipe jusqu'au manoir des Braddock où les attendent Kylûn, Widget, Cerise et Alistaire Stuart. Captain Britain rassure Nightcrawler en promettant qu'ils sont désormais sous la protection de Roma et qu'ils pourront se consacrer au rétablissement de Rachel.

Whaou ! Quelle prodigieuse aventure ! C'est dans cet état d'esprit qu'on achève la lecture de cette saga, véritable leçon de narration et tour de force graphique.

Il n'y a rien à jeter dans ces huit épisodes, à peine peut-on déplorer que Kitty Pryde soit un peu négligée, et que son rôle n'impacte pas le déroulement de l'action. Mais sinon, quel souffle ! Alan Davis parvient d'abord à agréger des éléments épars de la série depuis son lancement pour leur donner un sens : ainsi découvre-t-on que la formation d'Excalibur ne doit rien au hasard, pas davantage que l'incarnation de Brian Braddock comme Captain Britain de la Terre 616 (un emprunt direct au corps des Green Lanterns de DC Comics), mais encore retrouve-t-on en Kylûn ce gamin apparu fugacement dans Excalibur #2 (Novembre 88) et téléporté par Widget sur I'Thère où il est devenu un redoutable guerrier s'opposant au terrible Necrom.

Progressivement, de manière virtuose, Davis distille les indices en introduisant de nouveaux personnages et en en écartant d'autres. Le sort des Technets est résolu après un intermède comique savoureux (qui est un clin d'oeil aux X-Men avec Nightcrawler dans le rôle du mentor). L'arrivée de Cerise est moins naturelle, même si la scène où elle se présente est une merveille (demandant à Kurt Wagner à quoi ressemble le plus un humain parmi les habitants du phare, elle se voit répondre que c'est elle face aux Technets et Nightcrawler lui-même !). La transformation de Widget surprend aussi et n'est pas résolue à la fin de cet arc géant (mais continuera à alimenter les intrigues suivantes). Quant à Feron, il est regrettable qu'aucun scénariste ne se soient rappelés de lui au moment de l'event Avengers vs. X-Men (2013) car, pour toute intrigue impliquant le Phénix, il aurait été bien plus pratique que Hope Summers (dont on est depuis sans nouvelles...).

A cet effort de synthèse s'ajoute un vrai travail narratif pour intégrer le casting à un récit spectaculaire et haletant. Pour cela, il faut un méchant d'envergure (ce qui manquait en fait aux épisodes de Claremont, qui préférait exploiter la famille dysfonctionnelle qu'était Excalibur et la comédie engendrée par le décalage entre les héros et leurs adversaires) : ce sera donc le magicien Necrom. Davis le fait véritablement apparaître et agir tardivement, suggérant sa présence et sa puissance là aussi à petites doses avant un dernier acte grandiose. Pour éviter ce qu'on pourrait appeler le syndrome du "méchant providentiel", il le relie intelligemment à  diverses mythologies sur lesquelles sont bâtis la série et ses héros : d'un côté, il s'agit d'un ancien membre d'un trio tout-puissant composé de Merlin (le créateur du corps de police omniverselle d'Hors-Le-Monde, donc de Captain Britain), de l'autre il est en relation avec Feron, hôte initial de la force du Phénix (qui a irrigué longtemps les épisodes de Uncanny X-Men avec la transformation de Jean Grey puis la création de Rachel Grey-Summers). La manoeuvre est habile puisqu'elle permet d'impliquer, en les soudant (au propre comme au figuré le temps d'une séquence mémorable), les membres d'Excalibur.

Davis articule aussi une partie de son histoire, dans le premier acte, autour du thème de l'identité et connecte formidablement deux femmes jusqu'ici sans vrai lien, Rachel et Meggan : de cette dernière, le lecteur, non familier des aventures de Captain Britain avant la série Excalibur, ne sait rien sinon qu'elle agit/réagit de manière empathique et possède des pouvoirs métamorphes et quelques autres capacités extraordinaires. Mais Meggan est aussi peu affranchie que nous sur qui elle est, d'où elle vient, sa condition. Précisément, ce vide trouve un écho chez Rachel qui découvre qu'en utilisant moins (ou de façon moins spontanée et intense) son pouvoir elle a davantage accès à son propre passé (rappelons qu'elle a débarqué à notre époque depuis un futur apocalyptique pour les mutants d'une terre parallèle). En incitant Meggan à partir sur les traces de ses origines, c'est aussi la manière que trouve Rachel de s'éloigner de l'agitation des exploits d'Excalibur et donc de se recentrer pour ré-apprendre à se connaître et à se situer dans notre monde, notre époque.Il en résulte des pages touchantes, nimbées de mélancolie mais aussi de merveilleux, malgré les horreurs subies par Meggan comme par Rachel.

Graphiquement, Davis met une claque au lecteur non seulement en tenant huit épisodes d'affilée (neuf presque en comptant que le 8ème est un numéro double) de haute volée. L'expressivité des personnages est remarquable, mais l'énergie du découpage n'a rien à lui envier, et le degré de détail de chaque page est admirable, qu'il s'agisse de représenter le QG d'Excalibur (même si le phare ne survivra pas à cette épopée), Hors-Le-Monde (avec sa figuration ahurissante et ses décors fantastiques), I'Thère (inspirée par la saga de John Carter of Mars d'Edgar Rice Burroughs), jusqu'au duel à mort final dans l'espace entre Rachel et Necrom.     

L'encrage de Mark Farmer et les couleurs de Glynis Oliver ajoutent à la qualité de l'ensemble... Et devraient inciter les editors-in-chief actuels de Marvel à plus d'humilité quand, aujourd'hui, ils prétendent que le nouveau statu quo ("Marvel Legacy") offrira au public des histoires d'une envergure comparable à une saga à chaque fois : c'était déjà le cas ici, et Alan Davis aurait largement de quoi donner des leçons de narration et de dessin à bien des auteurs et artistes actuels qui prétendent, comme leur direction, réinventer la roue.

Par la suite, Davis, sans doute, et légitimement, épuisé, va se contenter d'écrire les épisodes suivants. Il ne re-dessinera que le diptyque des n°54-55 puis son ultime arc sur le titre, couvrant les épisodes 60 à 67... Dont je vous parlerai dès que je les aurai relus ! 

mardi 19 septembre 2017

HAWKEYE #10, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Mine de rien, le run de Kelly Thompson et Leonardo Romero sur ce nouveau volume de la série Hawkeye semble avoir trouvé son public puisque nous voilà en possession du 10ème numéro. La performance est d'autant plus remarquable que le titre existe désormais non plus avec Clint Barton mais avec l'autre détentrice de ce pseudonyme, Kate Bishop.


Ce nouveau chapitre commence par une page d'une exquise féminité où Kate se prépare à sortir en se faisant une beauté - une préciosité qui tranche avec le côté garçon manqué dont elle fait habituellement preuve... Et qui va interroger le lecteur en alimentant l'intrigue.


Nous avions quitté Kate alors qu'une jeune femme, méconnaissable car de dos, entrait dans son agence et provoquait chez elle une expression stupéfaite. Lorsque ses amis arrivent et qu'ils la trouvent maquillée et en robe du soir, ils s'interrogent sur son état d'esprit alors qu'elle les avait convoqués, l'air inquiet. 


Pourtant Kate les entraîne, contre toute attente, pour une soirée en boîte de nuit. Mais lorsque le malfrat Oddball surgit dans la discothèque pour racketter les clients, Kate refuse d'abord de l'affronter !


Elle s'y résout malgré tout pour calmer ses amis, après avoir aguiché les garçons et ignoré les filles auparavant, et règle son compte au vilain en deux temps, trois mouvements. Il n'empêche, l'attitude de Kate intrigue ses acolytes...
  

Et ils ont raison de l'être, intrigués car... La vraie Kate Bishop est détenue dans une planque de Madame Masque, et dans la cellule voisine, se trouve son père, également prisonnier !

Bien que la série, depuis le début, joue plutôt la carte de la légèreté, il est troublant de voir, désormais, après dix épisodes, à quel point la question du corps préoccupe la scénariste Kelly Thompson : on a en effet vu un prévenu littéralement imploser, une jeune femme se transformer en dragon, un jeune homme devenir un colosse, un père de famille entraîné contre son gré dans un fight club, le père de Kate cloné... Et maintenant Kate elle-même répliquée par sa pire ennemie, Mme Masque !

Ajoutez que les combats qu'a dû mener Kate lui laissent régulièrement des plaies (et l'obligent à porter divers pansements - un reliquat du Hawkeye version Fraction/Aja où Clint était lui aussi couvert de bandages), et on mesure bien qu'être héros, c'est d'abord être un corps en souffrance, manipulé, malmené, et même reproduit !

L'ouverture de cet épisode, une planche de pure séduction où, dans l'intimité, on assiste au maquillage de Kate, qui souligne sa beauté naturelle, et que le dessin superbement épuré de Leonardo Romero met en valeur, préfigure tout ce qui suit (tout en prolongeant ce qui a précédé). Le scénario de Kelly Thompson joue malicieusement sur la "possession" de Kate qui adopte un comportement décomplexé d'abord comique puis étrange, embrassant deux des garçons de sa bande et snobant les deux filles qui l'accompagnent, puis qui rosse Oddball sans ménagement après s'être estimée trop supérieure pour combattre un vilain de seconde zone comme lui. 

Lorsque la vérité sur la situation est dévoilée, dans le dernier quart de l'épisode, le twist fonctionne pleinement tout en nous laissant sur une ultime page très accrocheuse (annonciatrice de règlements de comptes - le pluriel est de rigueur puisque Derek Bishop va devoir répondre à une question essentielle et que le duel attendu avec Mme Masque est au programme du prochain chapitre).

Hawkeye arrive donc, tranquillement mais sûrement, à la conclusion de sa première saison puisque, en Novembre, la série, sans changer d'équipe créative (ouf !), s'apprête à réunir les deux archers avec l'arrivée de Clint Barton à Los Angeles...