lundi 19 février 2018

OLD MAN HAWKEYE #2, de Ethan Sacks et Marco Checchetto


Comme promis, je vous invite à replonger dans un autre futur apocalyptique chez Marvel, coïncidant avec le nouvel arc narratif de Captain America #698, avec ce deuxième épisode de la maxi-série Old Man Hawkeye, écrite par Ethan Sacks et dessinée par Marco Checchetto, dont le début laissait une forte impression.


Des Moines. Le marshall Bullseye vient interroger Jebediah Hammer au sujet du convoi qu'il avait confié à Clint Barton et du meurtre de tout le gang Madrox. La séance de questions se mal mal : Jebediah est tué mais avoue, avant de mourir, pour que sa femme Susannah soit épargné, où trouver l'archer.


Hawkeye entre au "Eye Candy" à quelques miles de là pour y avoir une conversation avec The Orb. mais là aussi, la situation dégénère quand les gardes de ce dernier veulent expulser le visiteur qui déclenche une fusillade.


Barton se débarrasse vite des membres de la sécurité pour atteindre celui à qui il est venu parler du massacre des super-héros et du commanditaire de cette opération. The Orb se souvient de la fin des justiciers et indique à Hawkeye un endroit où est susceptible de se trouver sinon l'ordonnateur, en tout cas un indic capable de le désigner.


Le marshall Bullseye est en planque devant le domicile de l'ex-femme de Barton quand la fille de ce dernier l'interpelle et lui affirme que son père n'est pas (jamais) là. Le policier se retire après avoir menacé la fillette, peu impressionnée, et reçu un message de Crâne Rouge.


Hawkeye arrive au parc d'attractions "Murderworld" d'Arcade dans le Nevada pendant que, chez les Hammer, Susannah achève d'enterrer son mari et leurs fils. Elle est alors surprise par le gang Madrox dont tous les membres sont devenus des hôtes de symbiotes Venom, également à la recherche de Barton...

C'est ce qu'on appelle le zeitgeist, "l'esprit du temps", la tendance : sans s'être concerté, Ethan Sacks et Mark Waid exploitent le genre de la dystopie le même mois dans leurs séries respectives. Bien entendu, avec Old Man Hawkeye, la chose est moins surprenante qu'avec Captain America puisqu'en tant que prequel d'Old Man Logan, le scénario explore un univers futuriste déjà codifié par Mark Millar et que l'époque est encore plus lointaine dans l'avenir que l'arc Out of Time de Waid.

Il n'empêche, la coïncidence frappe l'esprit. Qu'est-ce qui inspire aux auteurs des récits de fin du monde, où les super-héros ont disparu, où le mal a triomphé, dans des décors ravagés ? On peut l'interpréter de bien des manières, de la plus facile - un simple exercice de style qui permet de se dégager des événements en cours dans l'univers partagé de l'éditeur - au plus actuel - l'expression d'une appréhension face à la politique américaine avec Trump au pouvoir. A vous de choisir, mais impossible de ne pas y penser.

Reste le contenu et sa qualité. Si Mark Waid glisse quelques piques au pouvoir en place dans son pays, Sacks ne semble pas voir, étonnamment si loin, et se "contente" de suivre son plan, en dressant une saga plus classique mais pas moins troublante. La peur irrigue son récit - celle de Clint Barton de perdre la vue, de ne pas venger ses amis, celle que suscite Bullseye ou les symbiotes Venom (désormais avec le gang Madrox comme hôtes) - et il en résulte des scènes intenses où la violence surgit de manière imprévisible.

Bullseye massacre la famille Hammer mais épargne la fille de Hawkeye, qui pourtant lui oppose son mépris (le moment révèle une tension superbement traduite). The Orb n'a pas assez de gardes pour empêcher Barton de l'approcher et de lui soutirer (mais, cette fois, sans violence, alors qu'il vient de tuer plusieurs hommes) des renseignements. Et l'arrivée de l'archer dans le parc abandonné d'Arcade n'augure rien de bon. Ménager aussi bien la trouille et l'action prouve le savoir-faire d'Ethan Sacks.

Elle permet également à Marco Checchetto de briller en alignant une fois encore de magnifiques planches. Il est décidément très à son aise dans ce cadre post-western aux couleurs de rouille et de poussière, à l'ambiance à la fois aride et poisseuse, magnifiquement restituées par Andres Mossa

L'artiste italien a aussi l'occasion de faire admirer son sens du découpage, qu'il s'agisse de faire monter la pression lors d'une scène d'interrogatoire dont on devine qu'elle va mal se passer (les manières sournoises de Bullseye chez les Hammer) ou de mettre en scène avec dynamisme un échange de coups de feu et de tirs à l'arc dans un saloon (une leçon de nervosité).

Checchetto est un dessinateur complet que cette maxi-série devrait totalement imposer (en prime du grade de "young gun" que vient de lui décerner Marvel... Ce qui ne manque pas de piquant car ce n'est plus un débutant depuis belle lurette).

En tout cas, Old Man Hawkeye confirme tout le bien que promettait son premier épisode, à la fois digne spin-off de la saga de Millar et production actuelle de Marvel.

dimanche 18 février 2018

CAPTAIN AMERICA #698, de Mark Waid et Chris Samnee


Après un premier arc narratif bref dont le dispositif menaçait de tourner à vide (le voyage de Steve Rogers à travers l'Amérique profonde pour tester sa réputation), Mark Waid et Chris Samnee ont osé un twist insensé qui renvoie à la fois au retour du héros en 1963, sorti des glaces par les Avengers, et le projette dans une dystopie inattendue (comme une réponse à la saga globale Secret Empire). Il est évident que les auteurs s'inscrivent contre ce qu'a écrit Nick Spencer et rendent le titre imprévisible...


2025. L'Amérique a été dévastée par une nouvelle guerre de sécession et des Rapidtroops font régner la terreur, n'hésitant pas à procéder à des exécutions sommaires tandis que des Ameridrones surveillent les rares proches de résistance. C'est dans ce cadre-là que Captain America est décongelé après avoir été récupéré par Lyang et ses acolytes, qui ont pris le maquis.


Lyang explique comment le chef des sécessionniste, King Maximilian Babbington, leader de l'organisation Rampart (qui a eu raison de Captain America), a pris le pouvoir après une attaque-éclair de quarante minutes. Depuis, une élite vit protégée, arborant un "A", tandis que le reste de la population est marqué au fer rouge d'un "Y" ou d'un "Z" selon leur déclassement.


A cause de radiations émises par la bombe lâchée par les sécessionnistes, des mutations ont frappé humains et animaux, dont la plupart vit caché, s'occupant de leurs enfants, de les nourrir et de les éduquer, d'aller à l'église - bien que Rampart ait sa propre religion. Les super-héros sont tous morts - Avengers, Defenders, Champions...


Au château de King Babbington, un fonctionnaire le prévient que le pays est désormais saturé de troupes et de drones mobiles. Il est aussitôt exécuté pour ne pas avoir réussi, malgré ce dispositif, à récupérer Captain America qu'il veut à nouveau figer dans la glace et exhiber pour prouver son autorité.


Après avoir sauvé une mère et son fils d'une attaque de drones et de soldats, Captain America a prouvé à Lyang qu'il est bien la légende dont elle avait entendue parler enfant et qu'elle accepte de soutenir avec sa bande pour sauver le pays.

La fin du précédent épisode refroidissait le héros de manière radicale et culottée et le titre de ce nouvel arc narratif, Out of Time, évoque une mini-série déjà écrite par Mark Waid (Man out of time) ainsi qu'un récit d'un de ses précédents runs sur le titre. De quoi penser que le scénariste tourne en rond ?

Ce n'est pas si simple, car d'une part Waid co-écrit désormais avec son dessinateur favori Chris Samnee (les crédits indiquent d'ailleurs non pas "writer" et "artist" mais "storytellers" pour souligner la collaboration étroite entre les deux hommes), et d'autre part parce que la référence qui s'impose dans ce 698ème épisode évoque moins Captain America qu'une autre création célèbre de Jack Kirby : Kamandi.

Dans les aventures du dernier garçon sur Terre, on évoluait dans un environnement post-apocalyptique où les animaux avaient muté pour devenir les maîtres du monde, doués de parole et reproduisant le meilleur et le pire des comportements des hommes. Dès les premières pages, on retrouve ici ces éléments avec des individus défigurés par des radiations nucléaires, des bêtes qui parlent, des résistants à un ordre totalitaire, un décor ravagé.

Les auteurs surprennent d'abord en expliquant avec quelle rapidité le cataclysme a eu lieu - une guerre de sécession fulgurante - , quel est celui qui en a profité - le chef de l'organisation Rampart, King Babbington (caricature sibylline de Donald Trump dont les humoristes raillent les caprices de gamin et les doigts boudinés), et en situant l'action en 2025. Si on considère que le premier arc, Home of the Brave, se déroulait en 2017, il ne s'est donc écoulé que huit ans pour en arriver là - et cela fait écho à une autre série exploitant la dystopie, Old Man Hawkeye (je vous parle très vite du n° 2).

Ensuite, ils mentionnent la situation de Captain America durant cette période où les tyrans l'ont exhibé dans la glace comme le trophée des vainqueurs contre le super-héros le plus emblématique de la démocratie américaine. La question des autres justiciers est expédiée mais pour mieux souligner leur sort funeste : aucun n'a survécu à la bombe. Il ne reste plus que Steve Rogers, mais encore devra-t-il prouver à Lyang qu'il est bien celui qu'il prétend...

Avare en scènes d'action puisque obligé d'exposer le contexte, le résultat est tout de même palpitant et ample, posant avec vivacité le cadre et ses enjeux. Samnee illustre cela avec son efficacité virtuose habituelle, parvenant idéalement, grâce à sa participation active dans l'écriture du script, à condenser une somme d'informations en une vingtaine de pages. Il s'offre quand même une courte séquence mouvementée au cours de laquelle le muscle et la souplesse de Captain America sont génialement démontrés. La dernière page est presque naïve par sa dimension symbolique très premier degré mais passe étonnamment bien, érigeant le héros en symbole.

L'histoire qui commence là s'annonce prometteuse, d'autant qu'elle va couvrir l'imminent n° 700 de la série - un autre cap, si j'ose dire. 

samedi 17 février 2018

THE MARVELOUS MRS. MAISEL (Saison 1) (Amazon Studios)


L'année est encore longue mais gageons que The Marvelous Mrs. Maisel figurera dans les premières places des meilleurs séries télé à la fin 2018 car le show créé par Amy Sherman-Palladino et produit-diffusé par Amazon Studios s'affirme comme un "instant classic", un chef d'oeuvre qui s'impose avec la force de l'évidence. Fastueux, drôle, intelligent, tonique, la série s'inscrit qui plus est dans le registre délicat de la comédie rétro et se permet de ressusciter un genre qu'on croyait disparu. Vraiment merveilleux !

 Joel et Miriam Maisel (Michael Zegen et Rachel Brosnahan)

Manhattan, 1958. Miriam "Midge" Maisel est mariée depuis quatre ans à Joel avec lequel elle eu deux enfants et elle encourage son époux lorsqu'il se produit sur la scène du "Gaslight Cafe" pour des numéros de stand-up comedy. Mais la situation bascule un soir où, après un bide, il lui annonce la quitter pour sa secrétaire, Penny. Après s'être soûlée, Midge quitte le domicile conjugal (les enfants étant gardés par ses parents, habitant l'appartement au-dessus du leur) et retourne au "Gaslight Cafe" pour livrer une performance impromptue et provocante qui provoque l'hilarité du public puis son arrestation par la police pour outrage.

Susie Myerson (Alex Borstein)

Après cette première, Midge se résout à annoncer la nouvelle du départ de Joel à ses parents, Abe Weissman, professeur de mathématiques à l'université, et Rose, femme au foyer superstitieuse. Ceux-ci sont plus dévastés qu'elle, en particulier sa mère qui se réfugie dans le déni, croyant que cela n'est qu'une passade. Midge revient au "Gaslight" pour savoir ce qu'elle y a vraiment fait et Susie Myerson, la programmatrice, le lui explique en lui proposant de devenir son agent.

Miriam "Midge" Maisel

Bien que réticente, Midge accepte de remonter sur scène en improvisant à partir de ses déboires sentimentaux et judiciaires : c'est un nouveau succès... Et une nouvelle arrestation ! Lenny Bruce, l'humoriste en vogue, placé en cellule avec elle la première fois, paie sa caution et l'encourage. Cité à comparaître devant un juge, Midge trouve un avocat grâce à Susie et plaide coupable, mais devant la cour, elle s'emporte face au comportement paternaliste du magistrat et doit présenter des excuses et s'acquitter d'une amende. Cependant, Abe tente de négocier le retour de Joel au domicile conjugal avec le père de celui, Moishe, malgré l'envie de ce dernier de punir le jeune couple en les expulsant de l'appartement qu'il leur a offerts. 

Rose Weissman, la mère de "Midge" (Marin Hinkle)

Midge, ignorant ses manoeuvres, sait qu'elle doit trouver un travail pour subsister sans vivre aux crochets de ses parents ou de Joel et décroche une place de vendeuse en cosmétiques dans un grand magasin. Mais elle n'abandonne pas le cabaret et ses sketches, profitant que sa mère accepte, sans savoir où sa fille se produit, de jouer la baby-sitter. Pour se perfectionner, elle profite aussi de soirées entre collègues où elle exerce ses talents d'oratrice comique tandis que Susie s'échine à la placer pour des numéros dans d'autres clubs.

"Midge"

Sermonné par son père, Joel s'ennuie avec Penny car leur vie de couple reproduit celle qu'il menait avec Midge et son travail l'ennuie d'autant plus qu'il ne peut plus se consacrer au stand-up. Toujours pour se perfectionner, Midge comprend qu'elle ne peut pas tout miser sur sa pétulance naturelle et cherche conseil auprès d'un gagman, Herb Smith, qui va lui écrire des sketches à partir des notes qu'elle prend sur sa vie de femme, de fille et de vendeuse. Mais cette initiative aboutit à son premier échec sur scène, car ce qu'elle joue ne lui ressemble plus. Résultat : Susie, furieuse, se fâche et Midge refuse qu'elle continue de la représenter.

Abe Weissman, le père de "Midge" (Tony Shalhoub)

Abe est approché par le programme spatial américain pour intégrer une équipe scientifique et, pour cela, une enquête de moralité est entamée, lui révélant les arrestations de Midge - sans toutefois que cela ne le compromette. Désormais, Miriam n'a plus que les soirées mondaines pour briller par son humour et elle y rencontre un partenaire qui la présente à son agent pour monter un numéro de duettistes dans la publicité et des émissions télé. Abe invite un soir à dîner un avocat pour inciter Midge à officialiser son divorce avec Joel, ce qui les choque, elle et sa mère. Pourtant, Joel s'éloigne au même moment, lentement mais sûrement, de Penny et envisage son come-back sur scène, fort en revanche d'avoir convaincu ses patrons de diversifier leurs activités.

"Midge"

Ses parents ne se parlant plus, Midge se réconcilie avec Susie à qui elle promet de suivre ses conseils si en retour son agent devient sa confidente (et plus seulement son chien de garde). Ensemble, elles assistent à des spectacles comiques, comme celui de la vedette du rire, Sophie Lennon, dont le manager accepte que Midge fasse la première partie. Mais après que la jeune femme ait rendu visite à son aînée chez elle, elle se moque d'elle sur la scène du "Gaslight Cafe". La presse le relate et provoque l'ire du manager de Sophie, qui promet à Susie que sa protégée est grillée dans le milieu.

Lenny Bruce et Susie Myerson (Luke Kirby et Alex Borstein)

Sa carrière apparemment terminée, Midge retombe dans les bras de Joel lors de l'anniversaire organisé pour leur fils. Il est prêt à tous les sacrifices pour donner une seconde chance à leur couple et elle en informe ses parents. Mais Susie est occupée par la réhabilitation artistique de Midge et demande une faveur à Lenny Bruce en ce sens. Rappelée au "Gaslight Cafe", Midge est l'invitée de son prestigieux confrère et se déchaîne sur scène tandis que Joel, dans la salle, venu solliciter un passage, assiste au numéro où sa femme fait rire à ses dépens. Doublement humilié (par le sketch et le talent de sa femme), il s'éclipse tandis que Midge conclut en se présentant comme "Mrs. Maisel".

"Ah, et moi, c'est Mrs. Maisel !"

Il y a dans cette série une grâce étourdissante et une modernité confondante qui impressionnent d'entrée puisque la toute première scène du premier épisode montre, lors du mariage de Midge et Joel, la jeune femme prononçant un discours désopilant à une assemblée médusée et hilare mais dont la chute choque le rabbin au point de le faire fuir (et de refuser de fréquenter les familles pendant quatre ans !).

Le mensuel "Première" interroge dans son dernier numéro (de Février) si un pareil show avait besoin d'une critique pour l'analyser et d'une défense pour attirer des téléspectateurs car sa virtuosité souffle ceux qui le découvrent et emballera ceux qui le suivront. On ne va quand même pas se priver de dire du bien de The Marvelous Mrs. Marvel qui porte si bien son adjectif.

D'abord, il y a le plaisir, simple, immédiat, du faste de la production pour nous entraîner dans la fin des années 50 avec un luxe vertigineux dans les décors, les costumes, toute l'esthétique follement élégante, l'ambiance électrique de l'époque. Cela renvoie aux classiques du cinéma qu'on adore tous pour leurs couleurs flamboyantes, leur bonne humeur euphorisante, ces remèdes imparables à la morosité dans notre quotidien grisâtre. Visuellement, c'est splendide.

Mais jamais étouffant ou écoeurant car la série évite brillamment d'en faire trop dans la nostalgie et rappelle au passage quelques vérités sur la condition féminine, la cellule familiale et l'atmosphère encore oppressante dictée par la censure : en 1958, des flics surgissaient dans des cabarets pour passer les menottes à des humoristes au verbe trop cru, les mariages étaient arrangés, la femme cantonnée au foyer (pour y élever les enfants, préparer le repas, accomplir les tâches domestiques quand la bonne ne s'en occupait pas).

C'est qu'en vérité, sous atours vintage ensorceleurs, The Marvelous Mrs. Maisel est une création féminine et surtout féministe, mais qui se révèle dans un discours moins attendu qu'on pourrait le croire. Evidemment le parcours de Midge pour s'émanciper, s'affirmer et s'imposer ne manque pas de piquant et s'inscrit dans un cadre intriguant - la scène du stand-up comedy - mais résonne d'un éclat singulier dans le contexte récent.

Nul n'ignore plus que désormais, depuis "l'affaire Wenstein" et les hashtags #Balancetonporc et #Metoo, à Hollywood et ailleurs, la parole, selon la formule répandue, s'est libérée. Et c'est très bien car il est nécessaire que les victimes n'en soient plus et que les harceleurs, agresseurs, soient jugés. Mais encore faut-il qu'ils le soient... Car victoire il n'y aura vraiment, progrès effectif sera réalisé si ces affaires crapoteuses sont portées devant la justice des tribunaux et jetées en pâture sur les réseaux sociaux, cour de justice aussi expéditive qu'inappropriée et non qualifiée. Enfin, cette révolution ne se fera pas sans les hommes qui ne sont pas tous des prédateurs sexuels (comme le sous-entendent certaines féministes aux propos plus revanchards que légalistes) mais aussi des soutiens pour les victimes effectives ou potentielles : bref, il faudra opérer en étant unis et non opposés à cause de paroles aigries, discriminantes, partiales, partielles.

De ce point de vue, Amy Sherman-Palladino (dont le titre de gloire remontait à la série Gilmore Girls, sympathique mais plus inoffensive) détone par sa modération mais aussi son acuité. L'auteur préfère à la diatribe, au pamphlet, au doigt pointé, la finesse et le rire pour à la fois montrer ce qui ne va pas (et ce, depuis longtemps donc) mais aussi comment ça pourrait aller mieux. Dénoncer sans oublier de fournir des solutions, c'est mieux.

Et la "libération de la parole", Midge l'éprouve littéralement et son histoire la développe admirablement. Mariée à un séducteur pourtant falot mais suffisant, qui vole le sketch d'un humoriste connu pour briller sur scène (en prétendant que c'est la coutume dans le métier), c'est elle qui possède l'essentiel : l'esprit, la présence, le talent. Elle s'appuie d'abord sur son sens de l'improvisation, vraiment hallucinant, mais ne s'en contente pas (elle ne s'en contentait pas pour son époux en prenant pour lui des notes sur les blagues qui fonctionnaient le mieux auprès du public) : son ardent désir de pratiquer en se produisant régulièrement, en recourant (inutilement) à un gagman dépassé, à jouer un temps avec un partenaire, à écouter et retenir les conseils avisés (jusqu'au cynisme) de Lenny Bruce (formidablement incarné par Luke Kirby - alors qu'il passe quand même après la composition inoubliable du comique par Dustin Hoffman), à refuser toutes concessions (quitte à se "suicider" artistiquement en descendant une vedette, dont l'hypocrisie est pourtant justement révélée), tout chez cette héroïne relève de la libération de la parole.

Midge ne veut/ne peut se contenter d'être une housewife docile, une bonne fille de bonne famille, une honnête artiste. Pour cela, l'expression est son salut, sa méthode, son aboutissement. Elle cherche moins la célébrité (comme en témoigne son tempérament incontrôlable) que la reconnaissance, et paradoxalement elle fait son chemin en doutant constamment (elle cherche l'approbation de Susie - extraordinaire Alex Borstein - , l'avis de Herb Smith - malicieux Wallace Shawn). Il y a Miriam, l'élève studieuse, la vendeuse professionnelle, la mère attentionnée, l'amie fidèle. Et il y a Midge, "Mrs Maisel", qui se cache longtemps derrière un pseudonyme idiot, sur le point de se résigner à ne plus qu'amuser la galerie dans des fêtes mondaines, puis dénonce la mascarade de Sophie Lennon, triomphe grâce à son seul mérite.

La réussite de Midge ne s'accomplit pas sans casse (Joel en sort humilié mais admettant la supériorité de sa femme, ses parents manquent de sombrer dans la tornade, son lien avec Susie évite de peu la cassure, sans compter deux arrestations qui manquent de compromettre la promotion de son père). Mais on est avec elle, malgré tout, envers et contre tous, car elle nous fait rire, nous charme, nous épate, sans une once de méchanceté, de rancoeur, d'esprit de revanche/vengeance. Avec dignité, pugnacité, et génie.

Pour supporter pareil personnage et assumer pareille partition, Amy Sherman-Palladino a été bien inspirée de faire confiance à une inconnue (bien qu'elle ait participé à quelques séries mais au second ou troisième rang) : l'extraordinaire Rachel Brosnahan. A la dernière cérémonie des Golden Globes, la série a fait sensation en raflant les récompenses dans la catégorie "comédie" mais surtout en valant à la comédienne le prix de la meilleure interprétation dans ce genre : surprise totale mais totalement justifiée. Avec sa voix flûtée, son débit de mitraillette, sa beauté d'un autre temps, son élégance naturelle, c'est une révélation comme a rarement l'occasion d'en profiter. Le rôle pourrait être écrasant, mais je veux bien miser que Rachel Brosnahan n'en restera pas là comme son personnage et qu'une yellow brick road s'ouvre devant elle.

Tout est à sa (dé)mesure : réalisation admirable, production design irréel, swing diabolique, on a presque envie de mettre en garde les curieux en les prévenant que ce show va leur donner le tournis. Mais être grisée avec une telle maestria est ce qui distingue un divertissement ponctuel d'un spectacle inoubliable. Alors, abandonnez-vous, vous ne le regretterez pas !       

Fan-art par Robbie Thompson, approuvée sur Twitter par Rachel Brosnahan herself.

vendredi 16 février 2018

BATWOMAN #9-10, de Marguerite Bennett, Fernando Blanco et Marc Laming


Et voici donc la suite et fin de l'arc Fear and Loathing, écrit par Marguerite Bennett, toujours dessiné par Fernando Blanco avec l'aide de Marc Laming (pour le #10). Batwoman va-t-elle réussir à se sortir de l'emprise de l'Epouvantail dans sa base cachée sous le sable du désert du Sahara ?


Exposés aux gaz du Dr. Jonathan Crane, Batwoman et Colony Prime perçoivent leur environnement commun différemment : pour elle, c'est une version du pays des merveilles inspirée de son ennemie Alice (alias sa soeur jumelle Beth Kane) ; pour lui, d'un jeu vidéo auquel il s'amusait dans son enfance.


Grâce au casque de son armure (à lui) et à son costume (à elle), ils réussissent à lancer un S.O.S. par radio afin d'atteindre Jacob Kane. Mais l'Epouvantail éprouve ses otages : Colony Prime pense à sa famille en danger et Batwoman découvre ainsi qu'il est père.


Jacob Kane, à bord d'un vaisseau de la Colonie, sa milice, reçoit l'appel au secours de son agent et de sa fille et remonte le signal pour les localiser. Pendant ce temps, Batwoman est à son tour tourmentée par l'Epouvantail mais elle refuse de céder à la panique. En résistant du mieux qu'elle le peut, elle se remémore son parcours, ses échecs, son émancipation aussi.


Ainsi laisse-t-elle sa part la plus bestiale prendre le dessus afin d'avoir l'avantage sur l'Epouvantail et de l'affronter sur son terrain. Elle lui inspire une peur encore plus grande alors que celle qu'il a voulu lui inoculer.


La stratégie du savant fou se retourne contre lui alors que Batwoman lui apparaît comme un monstre prêt à le détruire...


Qu'advient-il dès lors qu'une héroïne et son adversaire, pour se neutraliser, doivent, en vérité, faire face à leurs propres peurs ? Qui, de Batwoman ou de l'Epouvantail, peut être le plus terrifiant ?
  

Batwoman arrache par l'effroi qu'elle lui inspire un antidote à l'Epouvantail. Après quoi elle se lance à la poursuite de Fatima, son intermédiaire avec les jumeaux à la tête de l'organisation terroriste "The Many Arms of Death" mais sans réussir à la rattraper, car trop confuse.


Pour retrouver la paix en elle, Batwoman pense à Safiyah et s'abandonne à une étreinte fantasmatique avec son amante. Elle est ensuite prise en charge par les médecins de la Colonie, qui investit le laboratoire de Jonathan Crane, à qui on passe les menottes.


Jacob Kane fait son entrée et tente une nouvelle fois de la persuader de rallier son armée en lui expliquant qu'à eux deux, leur action sera plus efficace. Mais elle décline l'offre par loyauté pour Batman. Cette réponse déplaît à son père qui a toujours considéré le chevalier noir de Gotham comme son rival, celui qui lui avait volé sa fille.


Jacob gronde Batwoman pour tourner ainsi le dos à sa famille au profit d'un justicier dont il veut la convaincre qu'il la manipule et la sacrifiera si besoin est. Mais l'héroïne campe sur sa position. Seule avec Colony Prime, elle le met à son tour en garde contre les méthodes de Jacob, le cycle de violence dans lequel il l'entraînera.  

Batwoman annonce son projet de poursuivre son enquête sur "The Many Arms of Death" en trouvant une femme mentionnée par Fatima sous le nom de "Mother War", qui serait, selon elle, la véritable leader de l'organisation terroriste - les jumeaux n'en représentant que l'image publique. Elle quitte la base de l'Epouvantail et, sous le clair de lune dans le désert, fixe un renard passant par là : l'animal lui rappelle l'île de Coryana - et donc Safiyah...

Ces deux chapitres concluent en beauté cette histoire, menée sur un rythme soutenu, riche en péripéties bien que se déroulant en huis-clos. Marguerite Bennett maîtrise son affaire et a des idées arrêtées sur la manière d'animer Batwoman et de développer sa série, en en respectant les origines mais aussi en lui bâtissant un avenir.

L'affrontement qui oppose l'Epouvantail à Batwoman et Colony Prime réserve son lot de scènes spectaculaires, faisant la part belle à des hallucinations mémorables et soulignant à la fois le machiavélisme du méchant (dont les fumigènes réveillent les démons et les peurs les plus intimes) et son aspect terrifiant (sa représentation, démesurée, est particulièrement efficace).

La solution choisie par l'héroïne pour vaincre son ennemi équivaut à la stratégie d'un kamikaze, en se lâchant complètement, quitte à perdre la raison. Cela aboutit au climax de leur duel quand Batwoman apparaît en monstre indescriptible, qui tient de la chauve-souris et du chien, une abomination propre à terrasser l'Epouvantail lui-même. La séquence est impressionnante.

Mais l'intrigue, développée en parallèle, avec l'organisation que sert Jonathan Crane, n'est pas oubliée et s'enrichit même d'une nouvelle piste avec l'évocation de "Mother War", dont l'identité sera le prochain mystère à résoudre pour Batwoman. J'ai personnellement une piste concernant la chef de "Many Arms of Death", inspirée par l'apparition du renard à la toute dernière page de l'épisode 10, mais si elle se vérifie, ce serait un fameux twist, dont je me demande comment il serait à la fois amené et expliqué. Je ne le révélerai pas par prudence et pour ne pas vous influencer (mais si vous avez des hypothèses à ce sujet, partagez-les en déposant un commentaire...).

Visuellement, ces deux épisodes conservent l'excellent niveau du début de l'arc : Fernando Blanco réalise l'entièreté du #9 avec le même soin qu'auparavant, détaillant les décors, variant le découpage, d'un trait précis et fouillé, avec des personnages expressifs à la gestuelle traduisant bien l'intensité de la situation dans laquelle ils sont plongés.

Mais sans doute ces efforts ont un prix pour l'artiste qui, plutôt que de risquer de bâcler, a préféré être suppléé pour les deux derniers tiers du #10 : c'est Marc Laming (entre autres remplaçant de Leonard Kirk sur Fantastic Four, écrit par James Robinson, et dessinateur chez Dynamite Comics) qui s'y colle et le résultat est concluant. Bien que son trait soit un peu plus raide, rappelant celui de Fernando Pasarin (Justice League, Justice Society of America), il ne lésine pas non plus sur les détails et reste proche du style de Blanco, avec un encrage plus fin et une utilisation plus abondante de l'infographie pour les arrière-plans. Le coloriste John Rauch conserve l'unité esthétique de la série grâce à une palette identique, nuancée pour les moments calmes, expressionniste pour les hallucinations.

En quatre épisodes, en tout cas, Batwoman a trouvé une cohérence, un tonus et une élégance très accrocheurs : c'est une excellente production, avec une identité forte dans la collection abondante des Bat-titles qui, comme Batgirl par Hope Larson, mérite qu'on la suive avec fidélité.

jeudi 15 février 2018

BATWOMAN #7-8, de Marguerite Bennett et Fernando Blanco


La scénariste Marguerite Bennett prend seule, à partir de ce septième épisode, les rênes de la série Batwoman et entame le deuxième arc narratif de la série en compagnie d'un nouvel artiste, l'espagnol Fernando Blanco. Et on peut dire que ce tandem créatif va vraiment se révéler en produisant une histoire, qui, sans renier ce qui a été produit avant, en opère la synthèse et la progression de manière palpitante. Découvrons donc le début de cette histoire en quatre parties, intitulée Fear and loathing.


Depuis un mois, à travers le monde (sur l'île de Coryana, à Téhéran, à Tokyo et dans le Mississipi), Batwoman traque et affronte les membres de l'organisation bioterroriste "The Many Arms of Death", neutralisant successivement Knife (alias Tahani, sa rivale dans le coeur de Safiyah Sohail), the Riffle, the Chain et the Torch.

A présent, elle se trouve au Mali, dans le désert du Sahara, à la recherche de the Needle. Mais un accident lui a fait perdre tout contact avec Julia Pennyworth, son relais qui se trouve sur un bateau ancré à Nouakchott.


Batwoman est attaquée par deux soldats de la Colonie, la milice de son père, Jacob Kane, transformés en monstres. Mais une tempête de sable les surprend et les sépare. Quand elle reprend connaissance, l'héroïne doit reprendre son périple mais, sous un soleil écrasant et une chaleur étouffante, elle est en proie à des hallucinations consécutives à une insolation : elle se revoit en compagnie de Safiyah durant l'année qu'elle a passée sur l'île de Coryana...


... Puis son délire la ramène à sa soeur, Beth, avant que celle-ci devienne la maléfique Alice. Enfin, Batwoman, revenue à la raison, découvre le site du crash de l'avion des hommes de la Colonie à qui elle a eu affaire auparavant, mais la radio est H.S.


Elle parvient ensuite jusqu'à un lac où elle se désaltère mais l'eau est, comme elle s'en aperçoit trop tard, empoisonnée. Batwoman est désormais détenue par le Dr. Jonathan Crane alias l'Epouvantail... Alias the Needle !


La partie est mal engagée pour Batwoman qui est désormais captive de l'Epouvantail, lequel n'est autre que l'agent de l'organisation "The Many Arms of Death" sous le nom de the Needle, dont la base est cachée sous le sable du Sahara...


L'Epouvantail est donc celui qui fournit aux bioterroristes les armes chimiques avec lesquelles ils menacent d'attentats le monde. Il est en compagnie de Fatima, une stambouliote représentant les jumeaux à la tête de "The Many Arms of Death". En attendant que son prochain poison soit prêt, il s'amuse avec sadisme à torturer Batwoman.


L'héroïne subit des hallucinations en rapport avec son passé : lorsqu'elle dut tuer tous les renards de l'île de Coryana avec Safiyah, puis revivant la mort de sa mère et la disparition de sa soeur jumelle Beth (qui deviendra la méchante Alice) et le rejet de son père ne supportant pas qu'elle préfère s'allier à Batman plutôt qu'à son armée secrète, la Colonie.


Lorsqu'elle se ressaisit, Batwoman découvre qu'elle a un compagnon de détention, Colony Prime, le meilleur agent de Jacob Kane et son pire rival. L'Epouvantail s'apprête une fois de plus à les gaze tandis qu'ils se disputent au sujet de leur traque commune contre les agents de l'organisation terroriste.


Mais Batwoman réussit à griller le système électronique de leurs cellules et avec Colony Prime, elle s'aventure dans le complexe de leur ennemi. Hélas ! ils ne vont pas loin car une bombe explose, libérant un fumigène hallucinogène.


Le gaz leur fait alors croire, à lui, qu'il est dans un jeu vidéo auquel il jouait enfant et, à elle, qu'elle évolue dans un décor inspiré du pays des merveilles (en rapport avec sa soeur Beth/Alice)...

Ce qui saisit, très vite, dans l'écriture de Marguerite Bennett, c'est la volonté d'agréger tout ce qui compose l'univers de Batwoman pour l'inscrire dans l'intrigue qu'elle lance : il ne s'agit pas seulement des éléments de la série relancée depuis "Rebirth" mais aussi de références au run de Greg Rucka et JH Williams III (c'est particulièrement frappant avec les rappels à Beth Kane alias Alice, créée dans le premier arc narratif des deux auteurs en 2009, donc avant les "New 52" !).

Elle relie ça, avec une aisance désarmante, au précédent récit de la série en cours avec le combat que mène Batwoman contre "The Many Arms of Death", et donc à "l'année perdue" sur l'île de Coryana et sa romance avec Safiyah Soahail et le passage à l'ennemi de Tahani/Knife.

Nous avons donc à présent les contours bien définis de l'intrigue : Batwoman traque les agents de l'organisation pour le compte de Batman tout en cherchant à retrouver Safiyah mais aussi en composant avec la Colonie, la milice de son père, Jacob Kane, engagée dans la même mission. Un dernier adversaire manque au tableau de chasse de la justicière : un surnommé the Needle, qui créé les armes chimiques pour des attentats.

Et Bennett a l'idée simple mais brillante de convoquer l'Epouvantail pour incarner cet adversaire - logique quand on sait que Jonathan Crane se bat avec des gaz hallucinogènes, capables donc de fournir une organisation terroriste. Comme chacun sait qu'il a, par le passé, plusieurs fois donné du fil à recoudre à Batman, voilà un antagoniste suffisamment coriace pour Batwoman mais aussi la Colonie.

En situant l'aventure dans le désert du Sahara, la scénariste dispose d'un cadre déjà hostile, parfait pour éprouver la résistance physique et morale de l'héroïne, tant et si bien qu'elle tombe dans un piège au moment où elle est la plus vulnérable. Et une fois dans les griffes de l'Epouvantail, elle devient sa proie tout en devant s'allier avec son pire rival, Colony Prime, le meilleur des agents de Jacob Kane. Chacun, pour espérer s'en sortir, doit collaborer avec l'autre...

Toutes les pièces sont idéalement disposées pour entraîner le lecteur dans un tourbillon d'émotions fortes, avec hallucinations terrifiantes, décors oppressants, vilain machiavélique, enjeux multiples, et à la fin du huitième épisode comme du septième un cliffhanger accrocheur. C'est nerveux, tendu, haletant, psychodramatique à souhait : impossible de décrocher.

Et la série bénéfice d'un nouvel artiste de haut niveau : je ne connaissais pas le travail de Fernando Blanco mais ses planches sont épatantes. Après l'intérim Renato Arlem, le niveau remonte franchement (même s'il n'égale pas la virtuosité d'Epting, ou jadis celle de Williams III). Comme il s'encre lui-même, on ne peut qu'être impressionné du soin apporté par le dessinateur espagnol à la confection de ses pages, où il ne bâcle pas les décors, encore moins les finitions du costume de l'héroïne ou de l'armure de Colony Prime quand il leur consacre des plans rapprochés.

Les personnages sont expressifs, notamment dans leur gestuelle où on devine l'attitude de soldats roués. Les apparitions cauchemardesques, lors des hallucinations, sont également le fruit d'images peaufinées, saisissantes sans être horrifiques. Les scènes où Batwoman revit les traumatismes de son passé, ancien ou récent, sont découpées avec intelligence, jouant sur le flux de lecture (les doubles pages sont superbes), la progression des personnages dans l'espace, la composition des plans avec une grande variété dans les focus. La colorisation de John Rauch est aussi magnifique (pour l'exemple, j'ai apprécié qu'il abandonne le maquillage blanc du visage de Kate Kane en Batwoman - qu'elle garde même, lorsqu'elle est vêtue en civile, dans Detective Comics !), osant même aller dans le psychédélisme lors des moments où la réalité est affectée par les poisons de l'Epouvantail.

Comment Batwoman et Colony Prime vont-ils s'en sortir ? Nous le serons vite puisque leur calvaire prend fin dans les deux prochains épisodes.