samedi 20 janvier 2018

LADY BIRD, de Greta Gerwig


Si le 28 Février prochain, vous avez envie d'aller au cinéma mais sans savoir quel film choisir, alors je vous recommande d'acheter un ticket pour une projection de Lady Bird, le film écrit et réalisé par Greta Gerwig (actrice révélée par Frances Ha). Je vous promets que vous ne le regretterez pas et que les louanges que lui tressent la critique des deux côtés de l'Atlantique (mentionnée sur l'affiche) ne mentent pas.

 Lady Bird et Julie (Saoirse Ronan et Beanie Feldstein)

2002. Christine "Lady Bird" McPherson est en Terminale dans un lycée catholique de Sacramento. Elle vit chez ses parents - son père vient de perdre son travail, sa mère accumule les gardes à l'hôpital - avec son frère adoptif, Miguel (qui vit sous le toit familial avec sa fiancée). Sa meilleure amie est Julie avec laquelle elle a décidé de suivre le programme de théâtre du bahut et où Lady Bird rencontre Danny O'Neill. Ils tombent amoureux mais leur relation reste chaste. La jeune fille est éprise qu'elle préfère même passer la fête de Thanksgiving chez son petit ami qu'avec ses parents. Mais elle découvre malencontreusement que Danny est gay en le surprenant en train d'embrasser un autre garçon.

Kyle Schleibe (Thimothee Chalamet)

L'incident met fin à leur relation. Employée dans un café, Lady Bird fait la connaissance de Kyle Scheible, membre d'un groupe de rock au lycée, et ils sortent rapidement ensemble. Leur romance s'épanouit au détriment de la relation de Lady Bird avec Julie qu'elle délaisse pour fréquenter Jenna, une fille qui, comme Kyle, est issue d'un milieu plus aisée qu'elle. Elle leur ment à tous les deux en prétendant aussi vivre dans les beaux quartiers, bien qu'elle ambitionne réellement de poursuivre des études universitaires dans une grande ville. 

Lady Bird et Danny O'Neill (Saoirse Ronan et Lucas Hedges)

Délaissant le théâtre après la représentation de la pièce et la défection du prêtre qui dirigeait la troupe, Lady Bird affronte régulièrement sa mère qui la met en garde contre ses aspirations démesurées et lui rappelle la situation précaire qu'ils traversent. Durant cette période, elle se réconcilie avec Danny quand il vient s'excuser de lui avoir menti au sujet de son homosexualité, craignant la réaction de ses proches. Peu après, elle perd sa virginité dans les bras de Kyle mais découvre ensuite qu'il lui a menti en prétendant n'avoir jamais eu de relations sexuelles auparavant. 

Lady Bird et sa mère, Marion (Saoirse Ronan et Laurie Metcalf)

Ses mensonges rattrapent Lady Bird quand Jenna apprend où elle vit et préfère ne plus la fréquenter. La jeune fille entreprend alors de candidater dans plusieurs facultés prestigieuses malgré ses notes moyennes et sans en parler à sa mère dont elle redoute (à raison) la réaction. En revanche, son père, qui retrouve un job, la soutient et garde ses démarches secrètes. Bientôt elle reçoit une lettre favorable pour être admise en fac à New York.

Julie et Lady Bird

Le soir du bal de promo, Lady Bird est accompagnée par Kyle mais celui-ci préfère aller s'amuser ailleurs. Elle décide alors de rejoindre Julie avec qui elle se rabiboche puis va danser au lycée. Quelques jours après, Lady Bird obtient son permis de conduire mais sa joie est gâchée car sa mère a découvert qu'elle était acceptée à l'université de New York. Seul son père fêtera le 18ème anniversaire de sa fille avec l'intéressée et l'accompagnera jusqu'au terminal de l'aéroport quand elle s'envolera pour "Big Apple".

Larry et Marion McPherson (Tracy Letts et Laurie Metcalf)

A New York, Lady Bird s'installe dans un studio et découvre dans ses bagages une enveloppe, glissée là par son père, contenant tous les brouillons d'une lettre de sa mère dans laquelle elle lui avoue son amour et sa fierté. Elle s'invite à une fête d'étudiants où elle s'enivre. Après avoir dessoûlé, Lady Bird assiste à un office religieux. En quittant l'église, elle laisse sur le répondeur téléphonique de ses parents un message pour sa mère pour la remercier et lui témoigner son affection, reprenant son vrai prénom de Christine. 

Christine McPherson

Production indépendante, Lady Bird n'est pourtant pas un film aux manières "auteuristes", dont le manque de moyens transpire à l'écran ou le traitement de son sujet (un récit d'émancipation) reproduit des clichés propres au genre abordé. C'est la première réussite du projet écrit et réalisé par Greta Gerwig : avoir su insuffler une énergie revigorante à son long métrage, avoir su communiquer tout le charme fantaisiste et mélancolique de son inspiration, imposer sa personnalité sans se laisser enfermer dans le milieu dont elle est issue.

Vif et concis (à peine 95 minutes), le film se présente d'abord comme une succession de saynètes sur une adolescente rebelle et l'on peut craindre d'assister au pénible spectacle, souvent vu et revu, d'une gamine plus horripilante par ses caprices qu'attachante. Elle revendique sa singularité derrière un curieux pseudonyme, "Lady Bird", refusant qu'on l'appelle par son vrai prénom - Christine - et on devine qu'elle se sent à l'étroit dans l'éducation religieuse qu'elle reçoit.

Pourtant, elle a la chance d'être entourée d'affection : celle de son père - un nounours dépressif, depuis peu au chômage ; sa meilleure amie ; les soeurs tolérantes de l'établissement scolaire ; un prêtre à fleur de peau qui enseigne le théâtre. Sans minauder, elle séduit les garçons, comme Danny, rejeton d'une famille d'irlandais très pratiquants, ou Kyle, en vérité un petit crâneur merdeux qui attendrit son monde en évoquant le cancer de son père et en posant comme un rockeur parano et blasé.

La grande affaire de Lady Bird, c'est sa mère en vérité et le scénario narre subtilement la tension qui électrise leur relation : en situant l'histoire en 2002, Greta Gerwig ne veut pas évoquer une époque si loin, si proche, qui donnerait un cachet nostalgique facile à son film, mais contextualiser ce qui alimente les rapports orageux entre Marion McPherson et sa fille. Nous sommes un an après les attentats du 11-Septembre à New York dans une ville de province, Sacramento, et l'Amérique est encore sous le choc : la perspective de voir partir sa fille, qui plus est dans la cité où s'est produite la tragédie, effraie légitimement cette maman mais irrite Lady Bird, qui aspire à son indépendance, rêve de quitter l'endroit où elle a grandi mais qui ne lui suffit plus. Elle veut se réinventer pour ne plus avoir à mentir sur ses origines sociales modestes.

Par certains aspects, l'héroïne semble ingrate, ne mesurant jamais les risques de blesser ceux qui l'entourent : ainsi exige-t-elle de son père qu'il la dépose en voiture avant d'atteindre le lycée comme si elle avait honte de lui, désormais sans emploi ; plus tard elle raconte des bobards à Jenna en prétendant habiter dans la maison luxueuse de la grand-mère de Danny ; elle préférera d'ailleurs cette fille de bourgeois futile à Julie pour intégrer plus facilement les fêtes où elle retrouve Kyle. 

Parce qu'elle désire parfois plus que ce qu'elle pourrait obtenir (mais finit par avoir au prix d'un heureux hasard - elle gagnera une note en maths plus élevée après avoir dérobé les copies corrigées du prof, et sa moyenne ainsi redressée l'aidera à être admise en fac), tout est épidermique chez Lady Bird. Sa mère est un élément qui la contrarie car elle la ramène sur Terre et à ses dures réalités, l'incite à plus de mesure, de rationalité, non par manque de confiance en elle mais pour lui éviter des déceptions. Lorsqu'elle comprendra les préventions de sa mère, le réel amour qu'elle lui voue, dans une scène simple et émouvante, une fois à New York, Lady Bird se réconcilie avec sa génitrice mais aussi avec elle-même, afin apaisée, au point d'abandonner son surnom pour accepter d'être Christine.

La distribution est merveilleuse : Lucas Hedges (remarqué dans le superbe Manchester by the sea de Lodge Kerrigan, l'an dernier) est épatant ; Thimothee Chalamet a la parfaite tête à claques de son rôle ; et les "parents" joués par Tracy Letts et Laurie Metcalf sont formidables. Mais la prestation fantastique de Saoirse Ronan éclipse tous ses partenaires par la luminosité qu'elle dégage, son interprétation subtile et dynamique, son regard magnifique et ce sourire de petite souris irrésistible : la gamine déjà impressionnante découverte dans Hannah de Joe Wright grandit bien et ne volerait pas son Oscar (elle a déjà décroché le Golden Globe, croisons les doigts).

Porté par la musique de Jon Brion, cette comédie douce-amère est un portrait enchanteur et juste, sublimé par son actrice, véritable muse de sa réalisatrice.  

jeudi 18 janvier 2018

FUTURE QUEST PRESENTS #6 : BIRDMAN, de Phil Hester et Steve Rude


Le premier chapitre de l'aventure de Birdman par Phil Hester et Steve Rude avait été un enchantement et j'étais impatient d'en lire la suite au sein de la série Future Quest. Pas de suspense : c'est un nouveau bonheur, aussi beau que bon !


Il y a trente ans au collège de Claremore, Oklahoma. Menton, un adolescent, est convoqué dans le bureau de sa proviseur pour s'expliquer sur un dessin effrayant qu'il a réalisé et épinglé dans la salle de classe de Mrs. Faulkner. Le garçon se défend en affirmant que l'image représente ce qu'il entend dans sa tête - d'ailleurs il peut les pensées de tout le monde et provoque une attaque chez son interlocutrice.


De nos jours. Mentok, entouré de ses fidèles, tente d'invoquer le Dieu Décharné (Fleshless God, en v.o.) : pour cela, il doit aspirer l'envie de Lunsford, l'anxiété de Nguyen, la répugnance de Hamilton, la cruauté de Tullibard, ses disciples. Grâce à ces mauvais sentiments, il ouvre un passage vers le néant.


Cette brèche attire ses sujets mais leur énergie combinée n'est pas assez forte pour que Mentok entre en contact avec le Dieu Décharné. Il comprend que pour réussir, il a besoin de la peine de Jen Holden.


Cette dernière est arrêtée par Falcon-7 après avoir affirmé à Birdman qu'elle était la mère de leur fils, ce dont le justicier n'a aucun souvenir. Pour en avoir le coeur net, il s'envole avec la jeune femme qui lui rappelle leur romance passée au Caire, lorsqu'il enquêtait sur un groupe de voleurs de reliques.


Ils pénètrent dans une chambre du Mercy Hospice où le petit Jacob est plongé dans le coma après avoir été opéré d'une tumeur cérébrale. Jen demande à Ray Randall d'utiliser ses pouvoirs énergétiques pour qu'il se rétablisse.


Il s'exécute et le garçon s'éveille. Mais, au même moment, Mentok et ses troupes investissent la pièce. Birdman se jette sur eux pendant que Tullibard tend son pistolet à Jen et que Mentok lui ordonne de tuer le héros si elle veut sauver son fils !

Lire cette histoire, c'est plonger à la source des comics et comme se détacher de tout ce qui exige que la BD doit prétendre au réalisme. On a affaire à un héros valeureux, un méchant infâme, des situations simples, du sentimentalisme : il y a une forme de pureté dans cette forme d'expression.

On pourrait donc croire qu'il n'y a rien de plus simple à écrire et à dessiner, qu'il suffit de respecter une sorte de "bible" vieillotte pour flatter la fibre nostalgique des lecteurs, jouer la corde "vintage", saisir le prétexte de l'exercice de style. Ce serait condescendant et erroné.

Pourquoi ? Parce que, comme tout récit aspirant à une forme de classicisme, les auteurs doivent s'abstenir de toute ironie, de tout cynisme avec le genre abordé. Il faut assumer le premier degré et assurer au lecteur un divertissement avec des éléments d'un autre âge. Phil Hester l'a parfaitement compris en ne prenant pas de haut son personnage et l'intrigue qu'il traverse, en restant fidèle à l'époque dont il provient, au support dont il a surgi.

Cela ne signifie pas que le récit ne suscite pas quelques ambiguïtés : en soulignant que Birdman a perdu des souvenirs (et pas des moindres puisqu'il a oublié qu'il avait eu une relation avec Jen Holden et un fils avec elle !), la question se pose de savoir à quel point les pouvoirs dont il a été investi l'ont altéré aussi bien physiquement que mentalement. Par un effet miroir, à quel point Mentok est-il fou ou illuminé (soit littéralement éclairé, convaincu qu'il sert les plans d'une entité supérieure) ? Le méchant de cette affaire est-il une sorte de fanatique avec ses dévots ou le pendant de l'hôte des dons du dieu Ra ? Qui, de Birdman ou de son ennemi, est-il vraiment un surhumain : le super-héros capable de réveiller un enfant comateux ou le vilain qui entend les pensées des gens ?

Pour illustrer avec inventivité mais élégance ces questions, Steve Rude produit des pages splendides, où la beauté de son trait (qui ne risque plus d'être transformé puisqu'il assure désormais aussi l'encrage) n'a d'égale que l'efficacité de son découpage. L'artiste abolit volontiers les cadres traditionnels pour loger dans une même vignette deux plans avec un effet subtil de zoom par exemple, ou en suggérant un travelling avant intense.

Le génie de Rude s'exprime aussi dans ses compositions savantes comme lorsqu'il se "contente" de représenter les silhouettes de deux personnages dans un couloir d'hôpital dont le sol représente un damier : le symbole est éloquent (deux êtres avançant comme de simples pions) et le résultat exceptionnellement graphique (le décor et les protagonistes se fondent dans une quasi-abstraction). Les couleurs de John Kalisz savent mettre en valeur les images de Rude sans les masquer, rappelant qu'à ce stade, avec un dessinateur de ce niveau, mieux vaut ne pas en rajouter.

Une fois encore, l'épisode se termine sur un cliffhanger saisissant, de ceux pour lesquels le lecteur comptera impatiemment les trente jours qui le séparent de la suite.  

mercredi 17 janvier 2018

HAWKEYE #14, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Savourons ! Pourquoi cet impératif ? Parce que Hawkeye, dans cette version, par ces auteurs, n'a plus que deux numéros après celui-ci à vivre, Marvel ayant annoncé son annulation. Certes le titre ne vendait pas beaucoup (12 000 exemplaires en moyenne), mais dans un marché en crise et comparé à d'autres qui ne font guère mieux (voire pire), après plus d'un an d'existence, des critiques enthousiastes, des fans fidèles, cet arrêt est un vrai crève-coeur. Donc : savourons !


Après l'enlèvement de Kate Bishop par Eden Vale (qui lui a promise de le lui rendre sa mère contre la vie de Clint Barton), Clint rentre à l'agence de sa partenaire où l'attendent ses amis, Ramone, Johnny et Quinn, tous inquiets pour elle.


Grâce à la bande et quelques recherches sur Internet, ils localisent la possible planque de Eden Vale : un entrepôt loué au nom de Ned Leave (anagramme de la méchante). Clint apprend aussi accidentellement que Mme Masque se balade en ville dans un clone de Kate, ce qui lui donne une idée...


Autrefois, Kate s'était disputée avec sa mère à laquelle elle reprochait son absentéisme mais qui lui promettait qu'elle comprendrait plus tard. Eden Vale, aujourd'hui, permet à la fille et la mère de se retrouver brièvement, le temps de se réconcilier et pour Kate de dire qu'elle a appris les malversations de son père, Derek. Mais les deux femmes sont vite séparées et Eden Vale exige une réponse à sa proposition.


Cependant Clint investit le repaire de Mme Masque et neutralise ses gardes avant de l'affronter et de la maîtriser. Il la force à passer le costume de Kate puis l'assomme. Finalement, contre toute attente, Kate refuse de tuer Clint pour revoir sa mère car elle le considère désormais comme sa famille. Barton déclenche alors une explosion grâce à une de ses flèches ce qui lui permet de substituer le corps de Kate avec celui de Mme Masque.


Mais, comme le lui fait ensuite remarquer Kate, est-ce une si bonne idée de faire se rencontrer Eden Vale et Mme Masque ?

La couverture (superbe) de Julian Totino Tedesco (qu'il a refaite après une première version différente afin de mieux coller à une scène tout en semant le doute chez le lecteur) résume admirablement le contenu, toujours aussi malicieux, du script de Kelly Thompson

La scénariste m'épate toujours autant par sa manière de mélanger des éléments narratifs dignes des screwball comedies à un récit super-héroïque : elle ne prend pas tout ce folklore au sérieux mais fait le job sérieusement, avec une efficacité jamais démentie depuis le début de son run. Et d'avoir à disposition les deux archers lui autorise cette licence.

Encore plus fort : peut-être parce qu'elle savait déjà sa série condamnée, elle opère une épatante synthèse pour lier les deux intrigues en cours dans cet arc judicieusement intitulé Family reunion, et qu'on peut interpréter de bien des façons - il s'agit d'abord évidemment de la famille Bishop, mais aussi de la famille de coeur entre Kate, Ramone, Johnny et Quinn, du tandem Kate-Clint, d'Eden Vale et Mme Masque (elle-même évoluant désormais sous l'apparence de Kate).

Mené tambour battant, avec des dialogues toniques, l'épisode profite une fois encore de la contribution exemplaire de Leonardo Romero, toujours impeccable : en peu de traits, il rend expressif ses personnages, son découpage est toujours astucieux (avec sa marque de fabrique, d'excellentes doubles pages qui ne servent pas à remplir le fascicule mais bien à accélérer l'action en utilisant un redistribution latérale des plans).

La fin de l'épisode est remarquable, avec une succession de plans fixes où le premier et l'arrière-plans racontent vraiment, simultanément et parallèlement, deux moments qui souligne à quel point est hasardeux le plan de Clint. C'est à la fois drôle et inquiétant, très éloquent et concis.

Qu'une aussi belle et intelligente série soit sacrifiée est vraiment un gâchis terrible, mais, aussi désolant soit-il, c'est hélas ! surtout révélateur de ce qui se joue chez Marvel en ce moment, bateau pris dans des remous éditoriaux sans qu'on sache très bien ce que le capitaine a en tête... 

mardi 16 janvier 2018

CHANCE (Saison 2) (Hulu)


Pour sa seconde saison (car le show n'a pas été renouvelé pour une troisième année), Chance avait le redoutable objectif de faire sinon mieux, au moins aussi bien que son premier acte. Sans démériter (comme The Girlfriend Experience qui avait le même challenge), il faut bien reconnaître que Kem Nunn et Alexandra Cunningham ont failli dans ses dix nouveaux épisodes. 

 Eldon Chance (Hugh Laurie)

En 1990, deux adolescents, Frank Lambert et Matthew Debbs, tuent Stevie Benjamin, un de leurs camarades pour une broutille, mais sans témoins et donc sans être inquiétés. Debbs souffre pourtant de l'obsession d'une mère mentalement perturbée, qui croit entendre la voix de Dieu lui intimer, pour salut, de supprimer son fils et tentera de se suicider, en s'égorgeant, pour éviter de commettre l'irréparable. Seul un détective de la police, Kevin Hynes, s'intéressera à cette affaire, qui deviendra le dossier de sa vie.

Le détective Kevin Hynes (Brian Goodman)

En 2006, Frank Lambert, désormais procureur adjoint de San Francisco, retrouve son ami Matthew Debbs : il a changé de nom, s'appelant maintenant Ryan Winter, et dirige une entreprise florissante spécialisée dans l'informatique grâce à laquelle il a fait fortune. Psychotiques, les deux hommes reforment leur duo pour commettre une série de meurtres en s'en prenant à des femmes que Lambert attire et que Winter élimine en les égorgeant. Mais tout dérape quand Frank abat un informateur de Kevin Hynes : le crime s'étant déroulé dans un quartier proche de celui où réside Winter, le détective est convaincu que Winter y est mêlé au même titre que les meurtres des autres victimes.

Ryan Winter et Eldon Chance (Paul Schneider et Hugh Laurie)

Pour confondre Winter, Hynes, qui a enquêté un an auparavant sur l'affaire Blackstone, fait chanter Eldon Chance pour obtenir son aide : le neuropsychiatre a fermé son cabinet pour intégrer une clinique dont la directrice, Kristen Clayton, est aussi sa maîtresse, et s'occuper de rescapés de crimes violents et d'agressions. Pour étudier de près Winter, Chance l'attaque en traître un soir puis le fait hospitaliser et lui offre de rejoindre la thérapie collective qu'il dirige.

Lorena et "D" (Ginger Gonzaga et Ethan Suplee)

En parallèle, Chance sollicite le concours de "D", avec lequel il continue de mener des expéditions punitives contre des hommes qui maltraitent ses patientes, mais pour fouiller la luxueuse villa de Winter. C'est ainsi que l'inquiétant colosse fait la connaissance de la bonne de l'affairiste, Lorena, mexicaine en situation illégale en Amérique : contre toute attente, elle accepte de devenir sa complice et il s'éprend secrètement d'elle. Winter présente des signes évidents de troubles, jouissant lors des récits de femmes battues, et demande à Chance de devenir son confident - plusieurs fois alors, le docteur est sur le point de lui faire avouer ses crimes quand son patient ne se défile pas ou que son avocate, Lyndsay, véritable mère de substitution, ne s'interpose.

Le procureur adjoint Frank Lambert, le Dr. Kristen Clayton, l'assistant Barry Gilyard
et Eldon Chance (Tim Griffin, Elizabeth Rodriguez, Chris Greene et Hugh Laurie)

La vie privée de Chance complique sa mission : sa fille, Nicole, amoureuse d'un garçon de son collège, est victime d'une rumeur propagée par une camarade, jalouse, et elle s'en prend violemment à cette dernière pour se venger. L'affaire aboutit à des poursuites judiciaires mais l'adolescente échappe à la prison grâce à un témoignage de Kristen Clayton, avant que Christina Chance, sa mère, ne décide, unilatéralement, de l'envoyer à Clearview, un centre de redressements pour jeunes en difficulté. Nicole ne tarde pas à en fuguer pour se cacher dans un squatt et en espérant que son père la recueillera.

Eldon Chance et Ryan Winter

Lambert attire Hynes dans un piège chez Winter en lui garantissant des aveux de ce dernier mais le détective se fait tuer par le procureur adjoint. Lorsque Chance apprend la nouvelle, il a à peine le temps de la réaliser car une de ses victimes, à lui et "D", l'a identifié et signalé à la police. Libéré  sous caution, le docteur et son complice fuient à Tijuana où "D" a décidé de négocier la tranquillité de Lorena, harcelée par son ex-mari qui veut récupérer l'enfant qu'elle porte. Winter, lui, préfére se rendre aux autorités et passer aux aveux, bouleversé par l'assassinat de Hynes et la disparition de Chance : Lambert soudoie un gardien pour maquiller sa mort en suicide.

Eldon Chance et "D"

Au Mexique, "D" règle son compte à "El Martillo", l'ex-mari de Lorena ; tandis que Chance apprend le décès de Winter. En se souvenant d'une photo d'école dans le bureau de Lambert où ce dernier figurait aux côtés de Winter, le docteur est désormais convaincu que les deux hommes étaient complices pour tous leurs crimes. Il convainc "D" de regagner San Francisco pour pousser Lambert aux aveux, croisant sans le savoir Nicole que recueille Lorena. Pour Chance, le voyage se terminera par une résolution terrible, le forçant à ne plus vivre aux Etats-Unis : il rend leur fille à sa femme et ouvre une clinique de fortune que "D", en couple avec Lorena, l'aide à remettre en état...

J'ai linéarisé l'histoire et en ai coupé des éléments pour en tirer un résumé clair et qui préserve quelques fausses pistes alimentant le suspense de l'intrigue. Mais c'est que ce second acte de Chance pèche par sinuosité et il faut s'armer de patience et être bien attentif pour en saisir toutes les subtilités.

Certes, ceux qui ont suivi la première saison me rétorqueront qu'elle n'était pas plus simple, multipliant les chausse-trappes et s'appuyant sur des protagonistes psychologiquement très complexes, mais il me semble quand même que les showrunners, Kem Nunn et Alexandra Cunningham, ont compliqué à loisir ces dix nouveaux épisodes, ce qui a nui à l'intensité du propos.

Au début, pourtant, il y a la promesse d'un face-à-face anthologique entre un tueur et notre héros neuropsychiatre, placé dans une situation critique puisqu'un flic, ayant enquêté sur l'affaire Blackstone, le fait chanter pour piéger un suspect. Chacun se méfie de l'autre et cherche à le dominer pour le contrôler, la partie s'annonce serrée...

Alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? Plus qu'un gros problème d'écriture, le scénario échoue à accrocher sur la durée en abusant d'ambiguïtés. La culpabilité de Winter est avérée rapidement, mais trois hommes aussi pugnaces et malins que Chance, "D" et Hynes n'arrivent pourtant pas à le faire tomber, ni en le poussant aux aveux, ni en collectant suffisamment de preuves accablantes. Le téléspectateur devine bien que se trame un subplot expliquant l'impunité du tueur, en dehors de sa fortune et de son caractère retors, mais sa révélation se fait trop attendre et quand elle a lieu, elle paraît plus opportunément pratique que crédible.

Dès lors, le rythme s'accélère, les révélations s'enchaînent - le rôle-clé de Lambert, le piège se refermant sur Hynes, le lien unissant Hynes à son indic - mais en déplaçant sa cible, la série se met presque à raconter autre chose dans son dernier tiers. Et comme, simultanément, les événements périphériques à l'intrigue, en relation avec la vie familiale de Chance, se succèdent, une impression de trop-plein s'impose : il se passe trop de choses pour que notre intérêt se stabilise, reste focalisé sur la nécessité de confondre Lambert.

Les scénaristes ont voulu (trop) justifier les comportements des uns et des autres, particulièrement en ce qui concernent Chance et sa fille - la théorie avancée est que Nicole a hérité des mêmes désordres psychologiques que son père et reproduit donc ses erreurs en société. La romance entre "D" et Lorena est aussi inutilement encombrée par le fait qu'elle a été mariée à un chef de cartel mexicain dont il faut régler le compte pour permettre au nouveau couple de s'aimer tranquillement. La liaison de Chance avec Kristen Clayton, sa relation orageuse et accablée avec son ex-femme Christina, l'homosexualité refoulée de Hynes, l'influence psychotique de Lambert sur Winter, la folie de la mère de ce dernier deviennent autant d'éléments qui parasitent plus le récit qu'ils ne l'enrichissent, trop d'informations, de rôles mécaniquement utiles pour résoudre des récits secondaires.

Dans ces conditions, la fin devient un va-et-vient lassant entre Mexique et Etats-Unis et la conclusion sur fond de rédemption pour Chance après être passé de thérapeute à justicier à bourreau a un peu du mal à passer. Cela ne peut pas aussi bien se finir, comme l'admet d'ailleurs le héros à un moment-clé avant que son envie de punir ne reprenne le dessus.

Dommage pour Hugh Laurie qui est une fois de plus magnétique dans ce rôle si tendancieux, et ses partenaires - en particulier l'impressionnant Ethan Suplee. Mais il semble que ni la critique ni le public n'aient été convaincus : Hulu a choisi logiquement d'interrompre l'aventure, il n'y aura pas de saison 3 (même s'il y avait un potentiel pour cela).

Chance a eu sa vérité : c'était un projet sensationnel en un acte. L'avoir prolongé, en le rendant plus compliqué que meilleur, l'a prouvé.       

lundi 15 janvier 2018

MOON KNIGHT, VOLUME 1 : FROM THE DEAD, de Warren Ellis et Declan Shalvey


Fréquemment, le scénariste Warren Ellis accepte une commande pour Marvel ou DC entre deux projets personnels, du "work for hire" qui dépasse parfois la simple exécution d'un contrat façon mercenaire pour donner un nouvel élan à un personnage ou une série. Il y a (déjà) quatre ans, c'est ainsi qu'à la suite de Brian Michael Bendis (un de ses amis) il reçut pour mission de rendre Moon Knight plus accessible et percutant. Le résultat tient dans un bref run de six épisodes mais qui lui permit de rencontrer le dessinateur Declan Shalvey, son actuel partenaire sur le titre Injection (publié chez Image Comics).


- Slasher. Appelé en renfort par le détective Flint, Moon Knight examine une scène de crime mais y voit autre chose que le simple théâtre du méfait d'un slasher qui tue des hommes forts et en bonne santé. Le coupable doit pouvoir se retirer vite et simplement : Moon Knight pense aux égouts et  descend dans les entrailles de New York jusqu'à découvrir le repaire d'un ancien agent du S.H.I.E.L.D. mutilé par une mine et qui dépèce ses victimes pour se réparer. En le faisant parler, le justicier le blesse mortellement. Plus tard, Marc Spector entend le diagnostic de sa psy : il ne souffrirait plus de schizophrénie mais bel et bien d'une invasion mentale par un esprit surnaturel - celui de Khonshu, le dieu de la lune égyptien.


- Sniper. Un tireur embusqué tue neuf personnes apparemment sans rapport entre elles jusqu'à ce que Moon Knight le repère sur le toit d'un immeuble visant une nouvelle cible. Les deux hommes s'affrontent jusqu'à ce que le justicier réussisse, difficilement à prendre l'avantage. Le sniper explique qu'il exécute ceux qui finançaient son régiment avant de lui couper les vivres, préférant s'enrichir plutôt que de soutenir l'effort de guerre. La dixième cible abat le tireur en justifiant que chacun choisit comment évoluer.


- Box. Quatre esprits frappeurs aux allures de punks des années 70 agressent sans raison des civils dans Manhattan downtown. Après trois attaques, sollicité par le détective Flint, Moon Knight intervient mais s'avère impuissant et se fait passer à tabac. Chez lui, il prend conseil auprès de Khonshu qui lui recommande d'utiliser ses reliques égyptiennes. Vêtu d'une armure antique, Moon Knight retourne défier les spectres et en vient à bout. Il localise ensuite leur repaire où il trouve leurs quatre cadavres décomposés, tués certainement après un ancien braquage foireux.


- Sleep. Recommandé par son confrère, le Dr. Peter Alraune, le Dr. Skelton demande son aide à Moon Knight après avoir pratiqué des expériences sur le sommeil auprès de patients, tous ayant le même rêve. Le justicier investit la seule chambre vide du local de Skelton et s'endort, plongeant dans les limbes où il découvre Craiglist, un des patients incapable de savoir s'il dort encore ou s'il est éveillé. Moon Knight revient à lui et entraîne par la force Skelton dans la chambre où il déterre le corps de Craiglist, dont le cerveau est contaminé par un champignon toxique, ce qui a infecté les autres patients.


- Scarlet. Une fillette a été enlevée et est retenue au cinquième étage d'un immeuble abandonné qui en compte six. Moon Knight y pénètre et affronte la quinzaine d'hommes en armes qui occupe l'endroit, gravissant étage après étage en les éliminant les uns après les autres. Il sauve la fillette, indemne, qui voit le masque du justicier comme son vrai visage et non un moyen de le cacher. Le chef du gang est exécuté par le drone de Moon Knight survolant le toit.


- Spectre. Ryan Trent était un des policiers en uniforme présent sur la scène de crime examinée par Moon Knight dans l'épisode 1. Vexé que le justicier ait résolu l'affaire à la place des autorités, il devient obsédé par cela et d'autres humiliations subies par le passé. Trent tente d'interroger Marlene Fontaine, l'ex-femme du Dr. Alraune, puis Jean-Paul Duchamp, le pilote de Moon Knight, avant de s'informer sur ses ennemis les plus redoutables. Il découvre ainsi Black Spectre, alias Arson Knowles, dont il décide d'usurper la double identité, puis tend un piège au justicier. Mais il échoue à le neutraliser car comme celui dont il s'est inspiré, Trent a voulu vaincre pour l'estime des autres alors que Moon Knight s'en moque.

Souvent réduit à la version Marvel de Batman, Moon Knight est un fascinant super-héros dont la folie, soulignée par son rapport équivoque à sa propre identité (avec son trouble schizophrène et sa relation avec le dieu Khonshu) et la justice (il emploie des méthodes expéditives sans être un tueur comme le Punisher), ne pouvait que séduire Warren Ellis, qui a théorisé (notamment dans ses  épisodes déchaînés de Thunderbolts) que les justiciers se masquaient et s'habillaient de manière excentrique pour imiter les chevaliers (knights donc) de jadis.

Chaque auteur qui a écrit les aventures de Moon Knight a plus ou moins insisté sur un aspect du personnage - ses personnalités multiples, sa possession mystique par Khonshu, etc. La précédente incarnation du héros par Bendis proposait que Marc Spector, exilé à Los Angeles, se choisissait comme modèles moraux trois confrères (Spider-Man, Captain America, Wolverine) pour être à la fois efficace et rester dans les clous éthiquement parlant. Ellis décide en saisissant l'opportunité de relancer le personnage d'opérer une synthèse.

D'abord, il assume l'influence de Batman en en faisant une sorte de détective de l'étrange. Mais pas que. C'est aussi un vigilante qui, comme son totem, veille sur la ville la nuit, au clair de lune, une sorte de kamikaze aussi prêt à s'engager dans une mission-suicide. Ensuite, le scénariste exploite le passé égyptien de Marc Spector : il s'agit moins d'insister sur sa schizophrénie que d'établir qu'il est littéralement envahi mentalement par Khonshu (comme le diagnostique sa psy - personnage fugace mais au potentiel inquiétant, que Brian Wood se chargera de développer ensuite) et que ses voyages à l'étranger (durant ses activités de mercenaire, sous d'autres identités) lui ont permis de collecter plusieurs reliques magiques, pratiques dans certaines circonstances. Enfin, chaque épisode est un récit self-contained, mais la fin du run forme une boucle narrative épatante, produisant un effet-miroir fascinant (avec le policier Trent obsédé par Moon Knight au point de vouloir le tuer pour s'accaparer sa gloire et, pour cela, reprenant l'alias du Black Spectre, moralement et esthétiquement opposé au justicier).

En collaborant avec Declan Shalvey, Ellis s'est trouvé un partenaire qui partage parfaitement ses lubies visuelles, mais l'artiste qui, jusqu'alors, était cantonné à des séries sans grand retentissement chez Marvel, ne se contente pas de servir graphiquement les scripts du célèbre scénariste.

Sa première contribution est de relooker Moon Knight selon les circonstances : sur 4 épisodes et demi, il n'opère pas dans une combinaison de spandex mais dans un élégant costume trois pièces d'un blanc absolument immaculé - Jordie Bellaire, Mme Shalvey à la ville, n'applique aucune couleur au personnage, ce qui créé un effet étonnant par rapport aux autres acteurs et aux décors. Dans l'épisode 3 (Sleep), MK endosse une curieuse armure avec un masque ressemblant au crane d'un corbeau, semblable à la tête de Khonshu, pour parer aux attaques de spectres et les vaincre - une idée simple et géniale puisqu'on devine que la carapace est magique. Dans l'épisode 2 (Sniper), il revêt une tenue plus classiquement super-héroïque avec une cape et une capuche blanche identique au design de Bill Sienkiewicz, mais avec des parties noires sur le corps (son masque, ses biceps, son ventre, ses jambes) - les parties blanches ayant la forme de croissants lunaires comme son logo et ses armes.  Ces corrections ont un effet maximum qui repensent le personnage sans le dénaturer.

Shalvey a dû aussi composer avec des exercices de style purement "Ellisiens", en particulier l'épisode 5 (Scarlet) où Moon Knight s'engage dans une baston insensée contre une quinzaine de gangsters dans un squatt. Econome en dialogues comme vous pouvez le déduire, centré sur l'action la plus brutalement exprimée, ce genre de chapitre fait partie de la signature du scénariste depuis Global Frequency (l'épisode Hyperviolence, dessiné par Tomm Coker) jusqu'à Secret Avengers #18 (dessiné par David Aja). C'est un vrai morceau de bravoure qui réclame de la fluidité dans le découpage et la faculté de traduire l'impact des coups, la progression paroxystique du combat, toutes choses superbement accomplies ici.

Enfin, Shalvey a su lire chez Ellis le sens du mouvement qui traverse ses récits : cette mobilité fait écho d'un épisode à un autre, parfois de manière très subtile, mais exprime aussi le sens des intrigues et leur résolution. Ainsi, dans l'épisode 1 (Slasher), Moon Knight descend pour débusquer l'assassin tout comme dans le #4 (Sleep), tandis qu'il doit monter dans le n°5 (Scarlet) pour sauver la fillette dans l'immeuble. Dans l'épisode 2 (Sniper), toute l'action est latérale et les déplacements s'effectuent dans le sens de la lecture, de gauche à droite. Enfin, les épisodes 1 et 6 (Spectre) forment un effet-miroir spectaculaire, une boucle narrative : Moon Knight n'apparaît plus que dans les ultimes pages du chapitre final, l'histoire retraçant la folie croissante de son ennemi.

En un recueil et six épisodes, Warren Ellis et Declan Shalvey réussissent donc magistralement à raconter Moon Knight comme personnage, série et concept, s'emparant de ses facettes les plus saillantes pour en tirer une synthèse qui a valeur de rapport définitif. Marvel décidera pendant deux autres cycles de même quantité de prolonger ce cadre (avec les excellents Brian Wood-Greg Smallwood d'abord, puis les médiocres Cullen Bunn-Tony Silas ensuite) avant de laisser carte blanche à Jeff Lemire et Greg Smallwood pour une quinzaine d'épisodes extraordinaires où le "chevalier de la lune" affrontait son meilleur ennemi : lui-même.